Le lâm du Nom divin « Allâh » : l’ardent désir (al-‘ichq) et le saisissement (al-qabd)

Cours du Vendredi 1 septembre 2023, Jumu’a 15 Safar 1445 :

Pas de cheminement possible sans le dhikr

Nous en étions au lâm al-‘ichq, et plus précisément à l’établissement des bases fondamentales (al-ta’sîl) de ce lâm

En vérité, dès lors que l’aspirant (al-murîd) est entré dans la tariqa, il a été ébahi par la bay’a. C’est la stricte vérité, ne nous voilons pas la face… car le disciple passe nécessairement par ce par quoi nous sommes passé nous-même. Donc de la même manière que nous avons été ébahi par la bay’a et par la lumière du Seigneur, de la même manière que nous avons été ébahi par l’exemple divin, et que nous avons alors pensé qu’il n’y avait absolument rien d’autre que cela, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas de secrets, pas de sens profonds ni quoi que ce soit au-delà… comme si la ma’rifa toute entière avait été réunie et se limitait à cela… C’est ce que s’imagine le disciple lui aussi, quand bien même il aurait accompli les sept lectures du hâ’

Le lâm al-qabd, qui vient en vérité en tant que deux lâm, à savoir lâm al-qabd et lâm al-‘ichq… lorsque nous le prononçons, nous prononçons « lam », c’est-à-dire un lam suivi d’un mîm, sans aucune autre lettre… à l’inverse du hâ’ par exemple, qui se prononce par elle-même, comme si elle était auto-suffisante, isolée, comme si elle avait renié toutes les autres lettres et ne s’était reconnue que elle-même, par elle-même. C’est la raison pour laquelle elle est établie dans le nom divin, elle y figure comme étant la dernière (lettre) de ce nom, et elle est ce que les gens d’Allâh désignent lorsqu’ils disent : « et sa fin est sukûn » [1]. Le hâ’ du nom divin est toujours limité [2] (muqayyada), et même si toi tu l’ouvres, dans ta manière de l’écrire… en vérité, conformément à l’écriture des vertueux (al-sâlihîn), il ne t’est pas permis à toi de l’ouvrir. Son ouverture ne se fait que par un cœur sain (qalbun salîm), dans le cadre d’un cheminement par les voies céleste et dans lequel ce cœur se présenterait à son Seigneur.

L’ouverture du hâ’ se fait par le lâm. Sans lâm, le hâ’ est et demeure fermé. Le Shaykh al-‘Alawiy (qu’Allâh le comble de Sa miséricorde) dit ainsi : « Son commencement est folie (junûn). Son milieu est art (funûn). Sa fin est immobilité (sukûn). »

Si l’on prononce le nom « Allâh » ( الله ), et si on le considère de ce point de vue… alors on constate que le commencement du nom divin, c’est le point et le alif. C’est ce qui correspond à « Son commencement est folie. »
Les deux lâm renvoient aux arts (funûn)… des arts illimités.

Quant au hâ’, il renvoie à cet état de sukûn.

Le Prophète ﷺ dit dans un hadîth : « Évoquez Allâh jusqu’à ce que l’on dise : « Celui-là est fou ! » » Ce qui signifie : évoque Allâh dans l’état de sukûn, puis dans les arts (funûn) du cheminement spirituel, jusqu’à atteindre la folie, et que ton intellect soit alors libéré… car si ton intellect se libère de toute attache, dans le dhikr du Seigneur, alors plus aucun de tes actes ne sera inscrit. Voilà le véritable sens de « Évoquez Allâh jusqu’à ce qu’on dise : »Celui-là est fou ! » »… c’est-à-dire qu’il s’agit pour toi d’atteindre cet état de ravissement spirituel (jadhba) dans lequel tes actes ne te seront plus imputés.

Le Messager d’Allâh ﷺ dit par ailleurs, dans le célèbre hadîth des thaqalayn (les deux charges), qu’il laisse après lui deux charges : le Livre d’Allâh, qu’il nous a décrit comme étant une corde tendue depuis le ciel vers la terre… ce Livre, que nous nous imaginons être une compilation de feuilles sur lesquelles se trouvent inscrites des sourates et des versets… le Prophète ﷺ nous en a fait la description d’une corde. Ou comme s’il s’agissait donc pour toi de grimper à cette corde, et de t’élever, par elle, vers le Seigneur, conformément à la Parole du Créateur : « Lis et élève-toi. » Voilà ce qu’est la corde (al-habl), qui a de fait la forme d’un alif.

Et comme nous en informent le Seigneur et Son Messager ﷺ, il est « Ahmad » ( احمد ) dans les cieux et « Muhammad » ( محمد ) sur terre. Toujours, nous parlons de cela, et nous disons que si nous retirions les deux premières lettres de ces deux noms, à savoir le alif ( ا ) et le mîm ( م ), il nous reste le verbe « hamida » (حمد) [3]. Il s’agit donc de la louange du Prophète ﷺ dans le ciel et sur la terre. Et il n’est aucun homme qui n’ait accompli l’éloge du divin dans ces deux états, comme le fit le Prophète ﷺ.

Les caractéristiques de al-Mustafa ﷺ, de par sa station spirituelle (maqâm), de par sa forme apparente et corporelle physique, n’ont pas leur pareil. Il est l’exemple ultime (al-mathal al-a’lâ), dans cet état d’éminence. Je ne dis pas qu’il est l’exemple (al-mathal), comme tu te l’imagines toi dans ta pensée… à savoir qu’il est l’exemple, en tant que messager qui a rapporté la risâla… non, car il y a d’autres messagers, en dehors du Prophète ﷺ. Et je ne suis pas non plus en train de dire, comme tu te l’imagines toujours, qu’il est le Prophète qui vint avec le secret qui réunit toutes les réalités de tous les prophètes… non. Rien à voir. Lorsque tu t’assois ici, tu dois retirer toutes ces choses de ta tête. Si tu veux apprendre, tu dois t’oublier toi-même, oublie ce que tu sais, oublie toutes tes connaissances. Toute ta compréhension, tout ce que tu as pu acquérir dans le hâ’… tout ceci n’a absolument aucun lien avec ce que tu trouveras dans le lâm.

Dans le cheminement, nous avons commencé par l’établissement du hâ’… non pas que le hâ’ ne soit pas déjà établi, mais plutôt nous l’avons établi pour celui qui aura eu un intérêt pour la connaissance, pour celui qui aura voulu la science… et son établissement se fait par le dhikr. Toujours. Le dhikr. Souviens-toi bien de cela. Il ne peut pas y avoir de cheminement (sulûk) sans dhikr ! …comme certains se l’imaginent… ils font ce que bon leur semble… ils réduisent à néant l’honneur et la dignité de la chari’a, en faisant ce qui leur plaît… et ils s’imaginent compter parmi les gens étant parvenus à l’établissement du lien (al-wâsilîn), ils s’imaginent être du nombre de ceux qui ont atteint et connu cette science des soufis. Non.

Cette science ne se prend ni dans les livres, ni dans les textes… ni même au travers des lois (ahkâm) d’ailleurs. Si cette science avait été accessibles par les ahkâm, elle serait alors revenue à Mûsâ (‘alayhi salâm) plutôt qu’à ce serviteur vertueux « auquel Nous avons donné une miséricorde de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous.  » [4]

Donc dans ce cheminement… viens, et montre nous le dhikr que tu as accompli !

Si pendant tout ce temps… tout ce temps passé depuis que tu as prétendu être entré en khalwa et avoir reçu le secret du Seigneur, et par là-même connu la lecture du hâ’… voilà qu’à présent, le idhn du lâm est descendu. Certes, il est descendu il y a un moment déjà, un disciple l’a déjà pris… mais le lâm reste encore totalement mystérieux pour lui, il ne comprend pas comment l’ouvrir. Il est incapable d’en parler ni d’en dire quoi que ce soit. Ainsi donc, un groupe de disciple va à présent être isolé, d’entre ceux qui depuis ce temps se consacraient au dhikr, de manière scrupuleuse et continue… et pas de ceux qui sont restés abasourdis par la lecture des livres de ceux qui nous ont précédé. Non. Parce que le lâm, c’est complètement autre chose.

« Alif Lam Mim » est le Livre

Le lâm, lorsqu’il est prononcé tel quel, c’est la juxtaposition de deux lettres : le mîm, qui correspond à 40, et le lâm qui correspond à 30. De sorte que si nous lisons le lâm, sa lecture correspond à 70. Ceci dit, dans le nom divin, le lâm al-qabd et le lâm al-‘ichq sont tous deux liés au hâ’. Quant au lâm al-ma’rifa, il est certes lié au premier lâm, mais il est séparé du hâ’. Ceci nous indique qu’il s’agit-là d’un lâm unique, sans répétition. Ceci dit, tu dois ici saisir que si tu ne parviens pas à comprendre comment le lâm est lié au hâ’, tu ne parviendras pas à comprendre comment il peut en être séparé.

Ce lien du lâm, tu l’as évidemment étudié dans la première lecture : c’est ce que l’on désigne par le secret du secret (sirr al-sirr), et par le secret du secret du secret (sirr al-sirr al-sirr). Tu as appris cela, et tu en as acquis une certaine connaissance, ou un certain point de vue théorique… dans le sens où cela revoie au centre (markaz) du hâ’. Ça, c’est bon, tout le monde le sait. Même celui qui n’a pas fait la khalwa, qui est juste venu pour rendre une visite à la zawiya… il sait cela, rien qu’à force de fréquenter les disciples.

En revanche pour le lâm… nous avons un qasam, à savoir le premier qasam, dans sourate al-Baqara. : « Alif lâm-mîm. » (الم)
Et puisque le premier qasam de la première sourate du Coran comprend un lâm qui est lié au mîm… si nous sommes des gens qui prétendent à la connaissance du Prophète ﷺ, alors nous commencerons par nous lier nous-mêmes à sayidina ibn ‘Abbâs en ce sens qu’il affirma que la Fâtiha n’était pas une sourate du Coran… ce qui fait donc bien de la sourate al-Baqara la première sourate du Coran.

Par conséquent, le tout premier qasam du Coran, c’est : « Alif lâm-mîm. », et c’est donc ce qasam qui te donne une indication sur le secret et le sens profond de la lecture du lâm sans le hâ’. C’est-à-dire qu’ici, c’est comme si le mîm était venu tenir le rôle du hâ’. Et le Seigneur dit : « Alif lâm-mîm. Ce Livre est exempt de doute. » ou autrement dit, « Alif lâm-mîm », c’est le Livre lui-même.

Alors si nous revenons à la description que nous en fit le Prophète ﷺ, à savoir que le Livre était une corde tendue… ici, le Créateur nous informe que cette corde tendue, c’est ce noble qasam : « Alif lâm-mîm. » avec un alif isolé et lâm-mîm liés. Autrement dit, si nous prenons le lâm, sans le alif, c’est comme si nous avions pris les deux tiers du Livre. Il nous resterait alors le troisième tiers, qui parle de l’essence (al-dhât) et de l’exclusivité (al-ahadiya) du Créateur, isolé et à part. Il nous reste donc le lâm, qui nous donne l’exemple ultime (al-mathal al-a’lâ) des noms et attributs divins. Quant à celui qui nie la nécessité, pour accéder à la ma’rifa, d’entrer par le nom divincelui-là est un parfait ignorant, et de toute évidence il n’a aucune part dans cette ma’rifa.

Le commencement de la ma’rifa se fait par le nom suprême (al-ism al-a’dham). Ce nom suprême que le soufi s’imagine être la fin et l’aboutissement… il est également le commencement. C’est par lui que l’on débute, et c’est à lui que l’on aboutit : c’est le nom divin « الله ». 

Donc nous avons dit pour commencer que lorsqu’on considérait la lettre ل, dans sa prononciation (lâm), on a en réalité un lâm avec un mîm. Et avec ce lâm-mîm ( لم), c’est comme si nous avions en vérité un alif (ا), puis un sukûn ( ْ), puis un alif (ا). Un alif tendu depuis le ciel vers la terre, qui n’est autre que ce sukûn, puis un alif tendu depuis le sukûn de la terre vers ce qu’il y a de plus bas.

Ici vraiment… je ne peux pas être plus explicite que cela. Travaille durant le dhikr et médite sur ce que je dis. Ne rajoute rien à mes paroles ! Si tu ajoute, tu es dans l’erreur. N’ajoute rien… afin d’être en mesure de profiter, et que s’ouvrent pour toi (les compréhensions). Si tu crois que par le hâ’, tu entreras dans le lâm… alors non, c’est impossible. Et si tu crois que le hâ’ est un espace, une vaste étendue dont le lâm serait le centre (markaz)… c’était certes valable dans la lecture du hâ’, mais plus maintenant.

A présent, tu vas avancer… comme s’il n’y avait plus ni contour (ihâta), ni centre (markaz). Tu vas cheminer par un seul et unique principe : le départ de toi-même, vers ce qu’il y a de plus haut. Et le Seigneur, par la sunna de Son Prophète ﷺ, nous a ouvert la porte de l’ascension (al-mi’râj)… ascension qui est nécessairement céleste : il n’y a pas d’ascension vers le bas.

Cette ascension céleste, elle débute depuis cette terre, jusqu’au septième ciel. Stop. Jusqu’au septième ciel. Tels sont les fondements établis du cheminement spirituel (al-sulûk). Après ce plafond du septième ciel, commence sidrat al-muntahâ… ou comme si son point de départ était l’établissement (istiwâ) de la ‘archiya de al-Rahmân.

Tu comprends ici qu’il n’y a pas de rapport entre al-muntahâ et les sept cieux… Les sept cieux, tu dois les traverser, et tu ne pourras le faire que par ce cheminement (al-sulûk).

Donc le lâm de al-Mustafa, c’est-à-dire le lâm du ‘ichq et du qabd, dans la mesure où ton esprit serait saisi (qubidat) dans la hadra du Prophète, et où tu cheminerais désormais dans son suivi le plus parfait… alors le mîm deviendrait pour toi un hâ’, sachant que ce hâ’ tu l’as déjà préalablement étudié… et il ne te restera alors plus qu’à partir vers ce lâm.

Et c’est ici effectivement comme si tu avais deux lâm :

De sorte que si le lâm supérieur, ouvert (illimité) dans la direction du haut, avait son arc-de-cercle qui entrait en contact avec l’arc-de-cercle du deuxième lâm, ouvert lui aussi vers le bas… cela nous donnerait effectivement : lam (لم)… et de deux lâm, nous obtiendrions lâm. C’est en ce sens que nous disons qu’il n’y a pas de répétition, ce n’est qu’une explicitation du statut et de l’importance du lâm dans le nom divin. Car c’est la lettre qui prend deux degrés, dans le nom divin « Allâh ». Si Allâh l’avait voulu, Il aurait simplement dit « ilah » [5]. Dès lors qu’Il dit « Allâh », le lâm s’y trouve répété deux fois… et nous, nous disons qu’il n’est en vérité répété que dans ce que peut concevoir notre intellect, car en vérité il n’y a pas de répétition. Ce n’est qu’une explicitation de son importance capitale, dans le nom divin, et donc de même dans ce cheminement spirituel (sulûk).

« La Mère de son Père »

Le Prophète ﷺ nous indiqua ceci clairement et avec insistance, dans ce hadîth que vous connaissez tous déjà, et que nous n’avons de cesse de vous répéter… le Prophète ﷺ dit à ummuna Fatima al-Zahrâ’ qu’elle était la mère de son père (ummu abîhâ). C’est donc comme s’il lui avait donné le statut de mère (umm), et donc que ce fut par l’existence de la mère que le père put entrer en existence… et que ce fut de même par l’existence du père que la mère put entrer en existence.

C’est comme s’il se présentait lui-même comme père, (abb – اب  ), mentionnant le alif et le bâ’, et comme s’il la présentait elle comme mère (umm – ام ), mentionnant le alif et le mîm. Et si ce alif se liait au mîm, alors ils deviendraient tous deux lâm. Cela signifie que son amour, son accomplissement dans la ma’rifa, sa pureté… elle qui n’a jamais manqué une prière obligatoire : ses menstrues survenaient dans le temps séparant deux prières, de sorte qu’elle pouvait accomplir ses prières exactement comme le faisaient les hommes. La chari’a, pour elle, était suivie avec une précision parfaite. C’est de ce fait qu’elle reçut le statut de mère (umm), qu’elle compta parmi les femmes parfaitement réalisées (al-nisâ’ al-kummal) et parmi les meilleures femmes du paradis.

Ceci en ce qui concerne ummuna Fatima al-Zahrâ… Et en ce qui concerne ummuna Khadîjasimplement le nom Khadîja, c’est le nom qui est donné à l’être qui a complété 7 mois dans le ventre de sa mère. C’est à dire que si l’enfant est prématuré, s’il naît avant d’avoir complété les 9 mois, que c’est une fille, et qu’elle a complété 7 mois dans le ventre de sa mère : elle est appelée Khaddoûj, ou bien Khadîja. C’est de là que vient ce nom… ce n’est pas juste un nom comme ça… il porte un sens, évidemment.

C’est donc comme si ummuna Khadîja avait achevé les sept lectures, et qu’elle nous avait donné une mère (umm) qui quant à elle avait complété les neuf mois. Ou autrement dit, c’est comme si le 7 nous avait donné 9. Le plus secret des secrets, c’est le chiffre 7. Sept tours (autour de la Ka’ba), sept cieux, sept terres… et le chiffre 7 mit au monde le chiffre 9. Si nous les réunissions, nous obtiendrions le nombre 16. Et le nombre 16, dans le cheminement du disciple, il renvoie aux 7 cieux, 7 terres, le kursiy et le ‘arch (7+7+1+1=16).

16, c’est également « Muhammad fi Ahmad » : (mîm + ha + mîm + dâl) x (alif + ha + mîm + dâl) = (1+1+1+1)x(1+1+1+1) = 16.

16, c’est la forme apparente de al-insân al-kâmil… et l’ouverture, ou le retour à l’origine de 16, ce n’est pas comme les gens s’imaginent : 8+8… non, mais plutôt, 16 c’est : 9+7. Et ceci nous vint de ummuna Khadîja et ummuna Fâtima. Elles sont les deux personnes phares qui ont vécu dans la proximité rapprochée du Prophète ﷺ, qui ont aimé et ont pris une importance capitale dans la hadra prophétique.

Oublie ummuna Maryam, et oublie ummuna Assiya… car ici, il s’agira d’un autre langage. Ici, nous parlons du compagnonnage du Prophète ﷺ. Ceux qui ont vécu dans sa proximité physique… on ne parle pas d’un autre registre, pour que tu viennes nous dire que « la mère de son père » vaut aussi pour ummuna Assiya, car elle aussi elle fait partie des nisâ’ al-kummâl… C’est à ummuna Fatima al-Zahrâ que cette parole a été adressée, pas à quelqu’un d’autre, comprenez donc bien.

Telle est donc la splendeur (zahrâ) des cieux… et voilà la raison pour laquelle elle fut associée au nûn (ن)… ou comme si elle était le lâm supérieur, le lâm de l’ascension vers les cieux. Et dans cette ascension vers les cieux, il n’y a rien qui puisse faire peur. Tout simplement parce qu’ils s’y trouvent des évocations divines, qui viennent lapider les démons qui s’en approchent. Ils lapident les démons (shayâtîn), pas les awliyâ’ ni les dhâkirîn. Voilà la raison pour laquelle la porte menant à la connaissance du Seigneur, c’est le dhikr. Si tu crois que tu vas pouvoir être de ceux qui vont venir attraper par la ruse ce qui relève de la ma’rifa, alors sache que tu seras en vérité compté, dans les cieux du Seigneur, du nombre des shayâtîn, et tu seras alors lapidé par le dhikr. Comprends donc bien les choses…

C’est la raison pour laquelle ce lâm est un sevrage (infitam, racine du nom Fâtima) total des sept terres, et une élévation dans sept cieux, par le burâq prophétique. Et le Prophète ﷺ dit ainsi à celle qui accomplit cette ascension : « Tu es le mère de son père. »

Quel est le sens de « de son père » ?
Le Coran tout entier se trouve réuni dans le bâ’, et le secret du bâ’ est le point… et sayiduna ‘Ali dit : « Et je suis le point. », autrement dit : « Je suis le secret du point du bâ’« .

Donc lorsque le Prophète ﷺ dit « de son père », cela renvoie au bâ’ dans son intégralité : son arc-de-cercle et son point… ou ce à propos de quoi il ﷺ dit : « J’ai reçu l’exhaustivité du Verbe (jawâmi’ al-kalim). » Il ﷺ vint donc avec le Coran et tout ce qu’il contient… et avec le secret du Coran. De sorte que sayiduna ‘Ali, qui est l’héritier du Prophète en matière de secret du Coran… ne reçut cet héritage de nul autre que du Prophète ﷺ. Donc si l’on dit que sayiduna ‘Ali est le point, alors le Prophète ﷺ est l’arc de cercle et le point. C’est en ce sens que le Prophète ﷺ se décrivit comme père (abb – اب ).

Quant à sayidina ‘Ali, il dit « Je suis (ana…- انا ) » mais il ne prononça ce mot qu’après avoir été marié à ummina Fâtima al-Zahra… car c’est par cela-même que lui vint le nûn de al-Rahmân. Et il ne travailla dans les secrets du Coran qu’après que son acte de mariage avec ummina Fâtima n’ait été scellé.

Ici, on ne parle pas de personnes physiques… non, nous parlons de nûn et de bâ’. Ou comme ci le bâ’ n’avait parlé, ni exprimé, ni dévoilé quoi que ce soit tant qu’il n’avait pas rencontré le nûn. C’est alors, et alors seulement, que l’arc-de-cercle fut complété (et devint un cercle). Et dans le bâ’… quels sont ces secrets que tu vas prendre ?

Dès lors qu’il dit que tout ce qui se trouve dans le Coran se trouve dans le bâ’… ?

Le Coran, pour qui est-il descendu ?
Il est descendu pour les gens de la terre. Si tu dis qu’il est descendu pour les gens des cieux… non, pour eux, le Coran est une corde tendue depuis le ciel vers la terre. La descente du Coran, c’est pour les gens de la terre. Donc lorsqu’on dit que tout ce qui se trouve dans le Coran se trouve dans le bâ’… cela signifie que le bâ’ se trouve lui-même sur la terre. Quant au point sous le bâ’, c’est le secret du bâ’… mais si le point se trouve caché (bâtin) sous l’arc-de-cercle du bâ’… où va-t-il se trouver ?


Il sera alors sur les sept terres. Parce que notre terre à nous, c’est un arc-de-cercle. C’est l’arc-de-cercle du bâ’. Et alors, le secret du bâ’, c’est le point… c’est à dire que ce sont les six autres terres.

Ne va pas t’imaginer que ces terres, tu n’en as pas besoin dans ton cheminement… non ! Le Seigneur ne les a pas créées par hasard ! Dès lors que tu as besoin de sept cieux pour accomplir ton ascension spirituelle, c’est-à-dire vers la compréhension du nûn, de son point, ou de la courbure supérieure (l’arc-de-cercle supérieur qui viendrait compléter le cercle) et que nous désignons comme étant l’arc-de-cercle insondé (al-qaws al-ghaybiy), jusqu’à ce que Allâh élève ton statut à lâ muntahâ (l’absolu, l’illimité)… tu as besoin du point du bâ’, sur cette terre, afin d’être en mesure de découvrir et de connaître les cieux, en opposition aux terres… de la même manière que l’on découvre et que l’on connaît le point du nûn en opposition au point du bâ’… car c’est finalement en réunissant ces deux domaines que tu seras appelé insân kâmil.

Qui est donc al-kâmil ?
C’est celui dont les sept terres furent complétées par sept cieux. Et voilà précisément où intervient le rôle du lâm. Le rôle du lâm laisse abasourdi… car il réunit les sept terres et les sept cieux. C’est pour cette raison que le lâm vaut 70 [6]. Et la lecture 70 est la plus élevée de toutes les lectures… il n’y a pas de lecture plus élevée que 70.

C’est donc comme si en vérité, si tu lisais le lâm, et si tu complétais cette lecture du lâm… tu pouvais te passer de tout le reste. Tout l’art (al-fann) de la science se trouve dans le lâm. Si tu crois qu’il se trouve dans le alif… en vérité, le alif, tu es incapable d’en exprimer quoi que ce soit. Parce que le alif est folie. Le alif, c’est l’exclusivité (al-ahadiya), qui ne saurait tolérer une quelconque forme d’autrui. Le lâm en revanche… c’est comme si le alif s’était épris et avait aimé à se faire connaître, et qu’il avait donc penché, se courbant ainsi et donnant un lâm, afin de faire apparaître son ardent amour (‘ichq), son saisissement (qabd) et sa connaissance (ma’rifa), en se manifestant de manière subtile et artistique, dans l’exemple ultime (al-mathal al-a’lâ), afin que tu puisses au final percevoir quelque chose de tout ceci.

Il n’y a en vérité que trois lettres

Il s’agira au final pour toi d’apprendre une seule chose : le lâm a la forme d’une canne… raison pour laquelle les maîtres soufis ont tous été amenés à utiliser une canne, comme s’il s’agissait d’une indication pour les gens du fait qu’ils étaient les détenteurs de ce secret. Et lorsque sayiduna Mûsâ (‘alayhi salâm) fut questionné : « « Que tiens-tu dans ta (main) droite, ô Mûsâ ? » Il répondit :  » C’est ma canne, je m’appuie sur elle… »  » [7] Il ne parlait pas ici de s’appuyer sur elle comme nous le faisons nous, à cause par exemple de douleurs articulaires… non. Il faisait comme font tous les bergers : il plaçait sa canne horizontalement, derrière sa nuque et sur ses épaules, et il reposait ses poignets sur chaque extrémité.

Il ajouta dans la suite du même verset qu’il s’en servait pour « effeuiller les arbres pour (nourrir) mon troupeau, et bien d’autres usages. » bien d’autres usages, signifie qu’il a bien d’autres secrets, dans cette canne.

Le Seigneur lui dit alors « « Jette-la, ô Mûsâ. » Il la jeta donc, et elle devint un serpent qui rampe. Il dit : « Reprends-la et ne crains rien : Nous lui redonnerons sa forme première. » »

Du point de vue apparent, le tafsîr de ce verset est tout à fait clair… la canne est passée du bois au serpent, puis du serpent au bois. En revanche, du point de vue ésotérique (bâtin), cela signifie : tu es, ô Mûsâ, porteur d’un immense secret dont tu ne connaîtras le sens que lorsque Nous aurons projeté en lui la Vie : c’est alors que t’apparaîtront les secrets de l’exclusivité divine (al-ahadiya), au travers du flux ésotérique du lâm al-‘ichq. Tu seras alors époustouflé, et il ne t’incombera plus que d’écouter le Créateur ﷻ S’adressant à toi : « Je suis ton Seigneur ! » [8]

Voilà la finalité de tout ce récit avec la canne de Mûsâ, qu’il a dû jeter, puis reprendre… la canne n’était qu’une préparation pour le cœur, une préparation intellectuelle à recevoir le secret de la Seigneurie qui se manifesta à Mûsâ sur le mont Tûr. Le but n’était pas, comme toi tu te l’imagines, que la canne devienne un serpent et terrifie Pharaon et ses sorciers… Si le serpent les avait effectivement terrifiés, ils n’auraient pas répondu à cela en lançant à leur tour des cordes. Ils n’auraient même pas essayé de lui répondre par leur sorcellerie. Ne te rends-tu pas compte qu’ils étaient parfaitement accoutumés à ce genre de choses incroyables…

Non. Tout ceci était une préparation pour Mûsâ (‘alayhi salâm), afin qu’il soit en mesure de recevoir la Parole divine.

Par conséquent, où est-ce que l’on reçoit cette Parole (khitâb) que le divin nous adresse spécifiquement, et dans quelle lettre cela se retrouve-t-il ?
C’est dans le lâm.

Alors peut-être viendras-tu nous dire « non, moi je lis les lettres, je comprends pas mal de choses, j’ai un certain bagage dans la science des lettres… il y a les lettres de feu, il y a les lettres de… » non ! Supprime-moi tout ça !

Il n’y a que trois lettres, et ce sont les lettres de la parole du tahwîd. Toutes les autres lettres sur lesquelles tu as bâti ta pensée, toutes sont des fils et des petits fils. Quant aux lettres originelles et fondamentales… le Seigneur ﷻ Lui-même S’est fait connaître par trois lettres, pas une de plus ! « lâ ilâha illa Allâh. / لا اله الا الله  » Supprime toutes les répétitions, et tu obtiendras au final un total de trois lettres. Ne rajoute rien à cela.

Voudrais-tu connaître Allâh par davantage que ce par quoi Il S’est fait connaître Lui-même ?

Quand tu viens nous présenter tes explications et tes tafsîr, et que tu nous présentes le sîn, le mîm et que sais-je… nous n’avons pas besoin de ces lettres.

Le Prophète ﷺ dit bien : « La meilleure chose que j’ai dite, moi et les prophètes avant moi, c’est : « lâ ilâha illa Allâh » ». Ce qui veut bien dire que les meilleures des lettres jamais prononcées par des prophètes sont au nombre de trois, pas une de plus : alif, lâm et hâ’. Et lorsque tu entends par exemple « Ahmad », la meilleure de ses lettres, c’est le alif.

Quant au ha, mîm et dâl de « hamida« , il se peut que cette louange soit un sukûn, c’est à dire un flux, une paix dans le cœur, sans qu’il ne soit nécessaire de l’exprimer avec la langue. Il n’est pas indispensable de dire les choses avec la langue, tu peux aussi louer le Seigneur par le cœur. En revanche en ce qui concerne la compréhension et tout ce qui relève de la parole du tawhîd : tu dois obligatoirement le dire avec ta langue. Tu dois prononcer les lettres. « Et le dhikr d’Allâh est plus grand. » [9]

Ne t’imagine surtout pas qu’ici, dans ce cheminement, tu vas pouvoir comprendre les choses au travers de ce que tu entendras de moi. Non. La compréhension ne viendra qu’en fonction de ce que ta langue aura prononcé. Et lorsque tu prononces « Allâh » ou « lâ ilâha illa Allâh » ou « astaghfirullâh »… tout ceci, tu ne le fais que pour que s’établissent dans ton cœur trois lettres. Trois lettres qui te feront connaître le sens de la parole du tawhîd. La parole du tawhîd se résume à hâ’, lâm et alif.

Son sukûn se trouve dans le hâ’… et certains ont même été jusqu’à dire que le nom suprême (al-ism al-a’dham) était hâ’, du fait de sa nature indispensable dans le nom divin : si elle était retirée, on ne pourrait plus lire ce nom, contrairement aux autres lettres. C’est comme si le hâ’ avait renié le lâm et le alif… alors bien évidemment, non, le hâ’ ne les a pas reniés. Le alif et le lâm sont les déterminants de l’essence, des attributs et des noms d’Allâh… et c’est donc seulement après ces trois lettres qu’apparurent les autres lettres : « Muhammadun rasûlullâh. »

Le lâm est considéré comme le markaz de ces lettres, simplement parce que dans le nom divin, il apparaît au milieu. Son établissement fut renforcé par sa répétition, comme s’il te disait : « mon existence est obligatoire. »

Puis, vint le qasam au commencement du Coran, et une fois de plus le lâm vint au milieu (markaz). Le Seigneur n’a pas dit : « Alif mîm-lâm », ni « Lâm mîm alif ». Le Seigneur de toute évidence ne dit pas les choses au hasard… Tout a un sens, tout renvoie à quelque chose, tout exprime quelque chose.

Donc d’abord le alif, puis le lâm au milieu, ou markaz… alors effectivement toi tu as appris que le lâm était un point, et qu’il était le markaz du hâ’, et que tout se qui se trouve dans le hâ’ se trouve dans le lâm… tu lui as donné un certain ta’dhîm et une certaine considération…

Mais aujourd’hui non.

Aujourd’hui, le lâm veut l’isolement. Parce que sa lecture commence par lui-même, et non pas par le hâ’. C’est comme s’il te disait : »Je suis celui qui fit apparaître le hâ’, et non pas le contraire. »

« Je suis ce qui est, avant l’existence du hâ’« . Puis, lorsque je voulus me manifester sous forme concrète, je manifestais le confinement (taqyîd) du hâ’, limitant par là-même l’absolu, afin que tu puisses le connaître. Cependant en vérité, c’est un lâm absolu, illimité… un lâm illimité (du haut vers le bas), avec un anneau en son centre. Ou comme si ce alif absolu avait un fass [10].

Le Prophète ﷺ nous a ainsi informés du fait qu’il était le premier et le sceau des prophètes. Et pour décrire cela, nous disons que le commencement et l’aboutissement se rencontrent sur le fass de l’anneau (khatam) de al-Mustafa ﷺ. Le chaton de l’anneau est donc le Prophète ﷺ lui-même.

C’est la raison pour laquelle la magnificence (‘adhama) de Muhammad sur terre est supérieure à celle de Ahmad dans le ciel… quand bien même ton intellect ne serait pas disposé à le concevoir. Parce que la magnificence de Ahmad dans les cieux du malakût… les anges connaissent sa valeur, ainsi que tous les êtres de ces sphères célestes. En revanche, la magnificence de Muhammad est connue des sept cieux, mais également de l’ensemble des sept terres !

Toutes en connaissent la grandeur… et c’est ainsi que vint cette forme, dans la dimension la moins élevée, de ce qu’il y avait de plus élevé. C’est à dire qu’il est resté dans son élévation, mais il est descendu jusqu’au plus bas point possible, afin que même la plus infime particule de cette terre connaisse le Prophète ﷺ et connaisse son existence. C’est la raison pour laquelle la pierre s’adressa à lui, les troncs de palmiers s’éprirent de lui, le loup lui parla, et bien d’autres animaux… êtres vivants, objets, tout s’adressait à lui… ou comme si le Créateur voulait nous faire comprendre que toute la création connaissait la valeur et la magnificence de Muhammad ﷺ.

Ceci sur la terre… car si sa magnificence était restée dans les cieux, jamais nous n’aurions été en mesure de la connaître. Cela signifie que la connaissance du Prophète ne dépend même pas de nous-mêmes. Plutôt, elle dépend de la descente de la louange (hamdala) du Créateur depuis le ciel vers la terre, dans la plus parfaite des formes humaines : al-Mustafa ﷺ, qui circula dans les marchés, qui mangea et but… ceci afin que tous connaissent al-Mustafa ﷺ.

La connaissance que chacun a de al-Mustafa ﷺ est en fonction de la foi qu’il a en lui. Celui qui connut le Prophète ﷺ en tant que corps charnel le décrivit, de la même manière que je viens de vous décrire la courbure du mîm ou du nûn.

Quant à celui qui parvint à s’approcher davantage de lui… Mais, quel est celui qui parvint à s’en approcher le plus ?

Après évidemment sayiduna ‘Ali… je ne vois personne, mais c’est mon avis personnel… de mon point de vue en tout cas, après évidemment ummuna Fâtima al-Zahra, lorsque je m’éloigne de ceux qui étaient vraiment les plus proches, et que je considère ceux qui apprenaient auprès de lui, et qui sortaient ensuite et s’éloignaient, rencontrant alors d’autres personnes… je ne vois personne de plus proche que Abdullâh ibn ‘Abbâs, au sujet de qui le Prophète attesta qu’il était hibr al-umma (l’exégète de la communauté), ou celui qui était le plus à même de faire le tafsîr du Coran.

C’est lui qui, après sayidina ‘Ali, recevait (un flux ésotérique) directement du Prophète ﷺ, c’est lui qui comprit véritablement le sens profond de « al-nabiy » (le Prophète). Évidemment pour ce qui est de ummuna Fâtima al-Zahra, sayiduna ‘Ali… ils font partie de la famille proche. Ils sont la ‘itra, ils sont les gens de la cape (ahl ul-kisa).

Sayiduna Abdullâh ibn ‘Abbâs ne fait pas partie de ahl al-kisa, mais c’est comme s’il était celui qui faisait sortir la science de ahl al-kisa de dessous al-kisa (la cape). C’est comme s’il était un présentateur, ou quelqu’un qui venait pour mettre en évidence cette science aux yeux des gens.

Voilà pourquoi la majorité des hadîth qui évoquent ces choses sont rapportés par lui. C’est lui qui détient ces secrets, et c’est lui qui a ces compréhensions… donc toujours, lorsque tu entends l’un des hadith qu’il a rapportés, arrête-toi un instant et médite, car c’est de ceux-ci que te viendront la compréhensions de ces choses que l’on évoque.

Quant à ce qui relève de la grande proximité, tu ne trouveras pas de meilleurs hadith que ceux qui nous sont parvenus de celle qui était « la mère de son père » ainsi que de « et je suis le point. » Et l’on notera que sayiduna ‘Ali ne fit mention de sa propre personne « ana » que lorsqu’il voulut parler du point. Quant à celui qui évoqua sa propre personne en tant qu’être exclusif, c’est évidemment Iblîs, l’ennemi d’Allâh.


Sayiduna ‘Ali dit « et je suis le point », afin de te faire comprendre que le secret du bâ’, ce n’est pas ce point d’encre sur le papier… non, c’est l’être, c’est la personne…c’est la ‘itra !

Voilà également pourquoi, si tu veux comprendre, si tu veux accéder aux réalités ésotériques (al-haqâ’iq), il t’est inutile d’aller consulter les livres… Lorsque sayiduna ‘Ali te dit « et je suis le point », il te dit en vérité que le secret du bâ’, c’est lui. En d’autres termes, c’est comme si tu disais que la chari’a, c’est le bâ’. Le Coran tout entier, c’est le bâ’. Et lorsqu’il te parle de la haqîqa… ne va pas t’imaginer que la haqîqa c’est le point. Non… la haqîqa, c’est ce « ana ». C’est cette personne-là… et tu as forcément besoin de lui.

C’est la raison pour laquelle le Messager d’Allâh ﷺ n’a pas dit « Je laisse parmi vous deux charges : le Livre d’Allâh et son point. » mais bien : « Le Livre d’Allâh et ma ‘itra », ce qui signifie que ce point, c’est un être humain !

Que signifie « Kâmil » ?

Lorsque tu comprendras ce qu’est al-insân al-kâmil, alors tu seras en mesure de dire « ana« . Mais avant que cette compréhension ne te vienne, tu n’as strictement aucun droit d’employer ce pronom (je). Si tu en fais usage avant de parvenir à son sens véritable et originel, sache que tu ne parviendras jamais au But, et que tu tomberas exactement dans ce dans quoi sombra Iblîs.

Iblîs a accompli l’ascension (al-mi’râj). Il s’est élevé depuis la terre jusqu’au premier ciel, puis jusqu’au second… il a ainsi un nom qui lui est propre dans le premier ciel, il a un nom dans le deuxième ciel, il a un nom dans le troisième ciel… et ce n’est que Iblîs ! Ne te laisse pas perturber, parce que nous parlons du septième ciel, toi tu t’imagines qu’il s’agit de sphères totalement inaccessibles… Iblîs lui-même a un nom dans le septième ciel, de même que dans les autres cieux. Des noms autres que ‘Azazîl, et ils sont consignés, jusqu’à aujourd’hui, dans des livres… et encore aujourd’hui, il y a des gens qui travaillent avec ces noms. C’est comme s’ils travaillaient sur le passé de Iblîs, alors qu’il se trouvait encore dans un état de piété et d’exemplarité… Oui, seulement il a depuis été banni. Et depuis son bannissement, tous ceux qui, quels qu’ils soient, descendent de lui, sont interdits d’ascension. Malgré tout, sa trace reste et demeure bien présente, dans les sept cieux. C’est comme quelqu’un qui est passé par une école et qui y a laissé une trace de son passage.

Il a donc été privé, et il est resté sur la terre. Et alors qu’il se trouvait sur cette terre, est arrivé le point, qui quant à lui libéra sa nafs de l’emprise de la terre… comme si il avait compris toutes ses ruses, ainsi que tous ses degrés célestes… et c’est celui-là que l’on désigne comme étant al-insân al-kâmil. On dit de lui qu’il est kâmil (complet), dans le sens où il connaît l’univers. Ne va pas croire que kâmil signifierait que son comportement, ou que sa manière d’être (al-akhlâq) sont devenus parfaits… comme c’est expliqué dans les livres. Non : toute personne qui se fond dans le suivi de l’exemple prophétique, nous disons de lui que sa manière d’être est conforme à la sunna du Prophète ﷺ.

Non. Kâmil signifie qu’il comprend l’univers. Kâmil signifie qu’il comprend l’origine et la création de ce monde. Il est en mesure de parfaitement décrire les différents cieux. Il connaît leur histoire, il connaît le commencement de leur création, et il connaît leur fin. De même il connaît les sept terres, du commencement de leur création jusqu’à leur fin. Il connaît la forme et la mise en place de tout cet univers, et il connaît l’organisation de chacun de ses degrés.

Pas comme nous par exemple… nous qui, quand nous entendons parler du masîh al-dajjâl [11], nous disons que c’est cet homme qui se trouve actuellement sur une île, et que cette île se trouve non loin de la péninsule arabique. Voilà, terminé, comme si on avait fait le tour du sujet…
Et lorsqu’on s’intéresse à Ya’jûj et Ma’jûj, on dira que ce sont des hommes qui se trouvent actuellement en Asie…

Tout ça, ce ne sont que des erreurs, des illusions que tu as ancrées dans ta tête. Ils ne sont ni en Asie, ni sur cette île… Il y a autre chose. Il y a un autre flux subtil… c’est à toi de rechercher comment ceci a été créé. Tu ne pourras le découvrir que par le lâm. Parce que la création de l’univers, sa forme… elle est semblable au lâm. C’est comme si cette lettre te donnait l’exemple de la création de l’univers tout entier, depuis sa dimension la plus élevée juqu’à la plus basse. C’est en ce sens que sidi AbdelQader al-Jilâniy dit dans une parole célèbre que tout ce qui se trouve entre le ‘arch et le degré le plus bas (al-farch) se trouve dans sa poignée (qabda). Pas dans sa poignée, dans le sens où il tiendrait tout cela dans sa main… non. Plutôt, il nous dit qu’il est l’indicateur, et qu’il est lui-même cet univers.

La siyâha du lâm

Ce lâm… respecte-le, et magnifie-le ! Pas en te disant que le deuxième secret, c’est le Shaykh… non ! Il te faut maintenant comprendre les choses, dans le lâm. Quant au fait que le Shaykh soit l’indicateur, qu’il soit l’imâm… ça, c’est vu et revu à présent…

A présent, de la même manière que tu as commencé avec le hâ’, en considérant par exemple que ta subha renvoyait à lui, que la porter autour du cou était un fondement d’entre les fondements de la tariqa, qu’elle est la hawiya, du fait qu’Il est « plus proche de lui que sa propre veine jugulaire. » [12]… tu dois de même matérialiser ce lâm, afin de savoir qui tu es, quelle est ta nature essentielle, quelle est ta dimension la plus élevée et quelle est ta dimension la plus basse.

Dhul-Qarnayn connaissait parfaitement cette réalité, et c’est pour cela qu’il fut nommé Dhul-Qarnayn (le détenteur des deux cornes) : une corne (qarn) pour le nûn, et une corne (un arc) pour le bâ’. Nul ne les réunit, si ce n’est Dhul-Qarnayn, lui qui pratiquait la péregrination (al-siyâha)...

Voilà de quoi tu as besoin : il te faut deux piliers. Tu as besoin de la péregrination (al-siyâha)… et la siyâha dans le lâm n’est pas comparable à la siyâha que vous pratiquiez dans le hâ’. Quand vous le vouliez, vous partiez en siyâha

Dans le lâm, la siyâha se fait par la sourate Quraych : « Du fait du pacte de Quraych, leur pacte des voyages d’hiver et d’été » [13] Une siyâha en hiver, et une siyâha en été, ni plus, ni moins. Celui qui les met en pratique comme il se doit comprendra l’arc-de-cercle du froid, indicateur de la mort, et l’arc-de-cercle du chaud, indicateur du mouvement et de la vie. Il s’agit bien ici de la réunion de deux opposés. L’arc de la vie, et l’arc de la mort : deux voyages. Quant à celui qui ne peut pas faire de siyâha, il n’a simplement aucune part dans le deuxième secret.  Il n’a aucune part dans le lâm.

La siyâha ne se fait pas comme tu le veux ni quand tu le veux… plutôt, elle doit être accomplie comme les fondements l’ont déterminé. Pas comme ceux qui se baladent en avion ou en train et disent « Je suis en siyâha« … ou comme ces autres qui s’imaginent qu’il faille faire de la marche à pied, à toute vitesse… non.

Il y a deux arcs, l’un en hiver, l’autre en été « qu’ils adorent donc le Seigneur de cette maison. » afin que tu comprennes qui est le Seigneur de ta maison, à savoir ton cœur. C’est de cette manière que tu sauras comment et quand réunir ces deux arcs, afin que s’ouvre pour toi la porte de ton cœur, et que tu saches qui est ton Seigneur.

Voilà la raison pour laquelle Dhul-Qarnayn était un pratiquant de la siyâha, et voilà pourquoi tous les awliya ont pratiqué la siyâha.

Nous nous en tiendrons donc à cela… ce n’était qu’une petite mise au point, afin que tu saches que durant tout ce temps où tu as vu que le Shaykh ne parlait plus, et que l’on se disait ça y est, le chemin s’arrête ici… non !

Pourquoi vous dis-je que le Shaykh est intelligent ?
Le Shaykh t’arrête, même durant dix ans s’il le faut… jusqu’à ce qu’il soit sûr, jusqu’à ce qu’il soit certain sur vous tous, depuis la droite jusqu’à la gauche. Comment se comporte celui-là, et que fait celui-ci… il regarde celui qui mérite. Et ceci, ce groupe de gens qui vont apprendre cela… ils sont au nombre de trois. Dès lors que j’ai pu constater qu’il y avait trois personnes… ça y est, les cours sur le lâm al-‘ichq ne vont plus être donnés comme cela, comme c’était le cas pour le hâ’. Non, au contraire. Les cours du lâm al-‘ichq seront donnés dans une pièce, fermée, à huis clos, avec uniquement ces trois personnes. Ils écouteront… et ils ne comprendront pas tant qu’ils n’auront pas mis en pratique… exactement comme pour le hâ’, quand nous avons commencé au tout début. Et celui qui dira « Non, ça y est, j’en ai assez, je veux partir… » oui, parce que beaucoup vont vouloir partir. C’est normal, nous n’y voyons aucun inconvénient. Notre objectif n’est pas de réunir un maximum de gens. Notre objectif est l’établissement du nom divin. Nous ne cherchons pas à ce qu’il y ait un milliard de gens pour nous suivre… à ce moment-là quelle serait la différence entre nous et Ya’jûj et Ma’jûj, si ce n’est… aucune ?

Non, ils peuvent tous partir… qu’il ne reste que ces trois personnes, et nous bâtirons sur eux ce qui doit être bâti. Sera établi un cheminement (sulûk) nouveau, une Voie nouvelle, une science nouvelle, une manière de faire nouvelle, tout inédit… et « subhâna rabbika rabbi l’izzati ‘amma yasifûn, wa salâmun ‘ala l-mursalîn, wal-hamdu lillâhi rabbi l’âlamîn. »


[1] Citation entière : « Son commencement (de la voie) est folie (junûn), son milieu est art (funûn), et sa fin est immobilité (sukûn). »
[2] Muqayyada : limitée, fermée… c’est-à-dire que c’est un cercle fermé (un sukûn).
[3] Hamida : faire la louange.
[4] Sourate al-Kahf, verset 65.
[5] Allâh الله, si l’on retire un lâm, donne ilah (dieu) اله.
[6] Comme précédemment expliqué : lâm = lâm+mîm = 30+40 = 70.
[7] Sourate Tâ-hâ, verset 18.
[8] Sourate Tâ-hâ, verset 12.
[9] Sourate al-‘Ankabût, verset 45.
[10] Fass : chaton d’une bague, là où se trouve la pierre précieuse… marque le commencement de l’anneau, qui est aussi sa fin.
[11] Al-masîh al-dajjâl : l’antéchrist.
[12] Sourate Qâf, verset 16.
[13] Sourate Quraych, versets 1 et 2.

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