Résumé de l’assise du 1 Avril 2016 / Jumu’a 22 Jumâda al-Thâniy 1437 [Partie 1] :
Nous revenons à la première lecture par le lâm al-qabd, ou à la huitième lecture du lâm al-qabd par le hâ’ al-hâwiya. Nous revenons donc à ce lâm qui agite la nafs. De sorte que celui en qui se trouve l’équivalent d’un atome de quoi que ce soit… Allâh le lui révélera explicitement, en lui-même. Si c’est quelque chose qui relève du jamâl, il le révélera comme tel, et si c’est quelque chose qui relève du jalâl, il le révélera comme tel.
Notre Seigneur ﷻ dit : « Nous leur montrerons Nos signes aux confins de l’univers ainsi qu’en eux-mêmes, jusqu’à ce que leur apparaisse évident que c’est la Vérité [1]. » C’est-à-dire qu’à l’in dividu doué de vision intérieure et ayant reçu l’ouverture spirituelle, il fera constater que tout ce qui se trouve aux confins de l’univers se trouve de même en lui-même. Cependant cela, il ne pourra véritablement le connaître qu’après avoir pleinement réalisé le lâm al-qabd. Or sa réalisation, c’est la réalisation de son lâm avec lui-même. Pas de son lâm avec son hâ’. Le commencement de ceci… il est marqué par ce qu’en décrit un noble verset, dans la sourate al-Wâqi’a, qui pour nous est un wird : « Non, Je jure par l’emplacement des étoiles, et c’est là un serment solennel, si seulement vous saviez : c’est-là un Coran noble, dans un Livre gardé, que ne touchent que les purifiés ; une descente du Seigneur des univers [2]. » Le Coran est réparti selon l’emplacement qu’ont les étoiles dans le ciel. Chaque emplacement d’étoile recèle des versets, des sourates et des qawâsim [3].
Dans le cœur de celui qui prit la bay’a et qui se révéla conforme à ce qu’implique la guidée, celui qui reçut suite à cette bay’a lumière sur lumière, jusqu’à ce que ne demeure plus en lui la moindre ombre de doute… celui-là que Allâh aura purifié, en faisant descendre en lui de sa lumière : « Par l’étoile lorsqu’elle descend : votre compagnon ne s’est pas égaré ni n’a été induit en erreur [4]. » Bonne nouvelle donc à celui dans le cœur de qui descendit l’étoile, et qui sut la sacraliser et la sanctifier à sa juste valeur. A celui-là, l’étoile se révélera sous différentes formes afin de lui révéler les multiples pistes coraniques inhérentes aux différents emplacements d’étoiles.
Ainsi, celui dont l’œuvre ira dans le sens de versets d’entre les versets des croyants, il saura qu’il fait partie des gens de al-imân. A l’inverse, celui qui aura été touché par un doute ou une défaillance dans la foi, qu’il sache qu’il fait partie des hypocrites. Enfin, celui qui se détournera et reniera tout ceci, qu’il sache qu’il est du nombre des mécréants, car c’est de fait après avoir connu qu’il aura renié (kafara). Après que le Vrai lui ait fait voir, il aura renié… la mécréance (al-kufr), dans la langue arabe, désignant le fait de cacher, de dissimuler. Le Vrai se sera révélé à toi de manière claire et manifeste, et toi, tu auras fait le choix de le cacher. Tu n’auras évidemment pas agi par souci de bienséance, mais bien par reniement total.
Dans cette hadra, et dans ce lâm, il y a un très long développement… nous l’avons débuté il y a peut-être dix semaines maintenant, nous y sommes toujours, et nous y resterons encore, par la permission d’Allâh ﷻ jusqu’à en achever les sept lectures. Chacune de ces lectures a un secret dans l’absolu, un secret tout à fait distinct de celui que tu as pu prendre dans le confinement du hâ’. Ce secret n’est en vérité qu’une lamha, dans le but de constater quelle est la mesure de l’estime (ta’dhîm) que tu portes et quel est ton lien réel au markaz du hâ’ al-hawiya…
Ou bien plutôt tu préfères que ce hâ’ reste sans markaz ni qibla ?
Je parle ici à celui qui a connu la qibla. Pas celui qui l’a connue par les mots et la théorie… mais celui qui l’a connue par le cœur, celui dont l’esprit est devenu pur. De cette considération première, il fut touché par une vision de jamâl. Cette vision l’emplit de pudeur et d’humilité, et c’est alors qu’il fit preuve de bienséance et se prosterna. Suite à cela, il fut en mesure de goûter au jamâl au cœur même du jalâl, et il s’en tint de manière ferme et définitive à cette bienséance (adab) dont il ne déviera jamais. Voilà celui qui a sa part dans le lâm al-qabd.
Le lâm al-qabd, c’est la main (kaff) de Sulaymân. C’est la main de Moussa (‘alayhi salâm). C’est une lumière, de sorte que celui qui veut voir le défaut en lui-même, qu’il libère sa nafs de son hâ’, qu’il entre d’une entrée totale dans le lâm al-qabd, afin qu’effectivement son esprit soit saisi (tuqbad) et qu’il ne lui reste alors plus aucune trace, ni aucun jugement, ni avis, ni même aucun acte émanant de sa nafs… mais uniquement le suivi et la conformité (al-mutâba’a) dans les paroles, dans les actes et dans ce qui est admis. En d’autres termes, ce miroir, c’est la sunna du Prophète ﷺ. Ce miroir, c’est : « Si tu me suis, alors ne me questionne pas [5]. » Ce miroir, ce n’est pas un miroir par les mots uniquement… Ce miroir ne vient pas dans l’interaction que tu t’imagines, avec des questions posées et les réponses qui suivent logiquement. Ce miroir, son langage est esprit. Son expression est contemplation. Et c’est de là que tu apprends à réaliser les lectures châdhdha.
Quant à celui chez qui le lâm n’a pas été sanctifié… et lorsque je parle de sanctification (taqdîs), attention, je ne parle pas de ce que peut exprimer la langue… Si tu sanctifie par la parole, c’est que tu es toujours dans le hâ’ al-hawiya. C’est dans la mesure où tu sanctifieras par l’esprit que tu comprendras ce que je suis en train de dire. Voilà donc : le fait de sanctifier (taqdîs) et de magnifier (ta’dhîm), c’est par l’esprit. Seulement tu vois l’individu être au cœur-même de ce dont nous parlons… mais il l’est dans un état d’inconvenance (sou’ al-adab).
Les signes et les preuves évidentes de cette lumière, mis en exergue par ce Livre écrit (al-kitâb al-mastûr), qui n’est autre que le ciel, embelli d’étoiles… Le Vrai ﷻ y a inscrit ce qui fut, et ce qui sera. Il le grava dans sa dimension absolue, puis le Coran s’établit dans l’emplacement (mawâqi’) des étoiles, depuis lesquels il descendit selon une certaine mesure (taqdîr) dans les différentes stations (manâzil) de la lune, dans la circonvolution qu’elle opère autour de la terre… et ce dans le but en vérité qu’elle tourne autour de toi, et qu’elle révèle à ta terre l’élévation du ciel. C’est ainsi qu’elle vient à toi, à chaque instant, et qu’elle te rapporte les exégèses (tafsîr) et les moyens de s’élever par de nobles versets. Cela dit, ceci est et demeure inhérent au taqdîr [6], sans être de nature établie dans l’absolu et immuable (ithbât). Car la lune a beau reproduire en apparence la même circonvolution (tawâf) à chaque fois et sans relâche… elle ne le fait jamais deux fois dans la même orbite, ou dans le même espace (falak). Si son tawâf se répétait de manière égale, le Seigneur n’aurait pas employé le verbe qaddarnâ (qui donne taqdîr) dans le verset : « Et la lune, Nous l’avons déterminée (qaddarnâh) en des phases jusqu’à ce qu’elle devienne telle la palme vieillie [7]. » mais plutôt c’est le verbe ja’alnâ (établir) qui aurait été employé ici, dans le sens où cette assignation aurait été non sujette au changement ni à l’évolution. Notre Seigneur ne s’exprime pas comme s’expriment les gens… chacun de ses mots a un sens et une portée parfaitement précise.
Ici donc, le taqdîr de la créature consiste en le fait qu’il accomplisse une rotation, avec la même vitesse et suivant la même trajectoire circulaire… cependant son diamètre diffère, et (la lune) évolue vers l’avant, vers le haut, vers le bas… or justement, dans le monde du malakût, il n’y a plus aucune de ces directions, pour la simple et bonne raison que tu n’y as plus aucune existence. C’est par l’établissement de ta personne que tu parles de devant et de derrière, de droite et de gauche, de haut et de bas… Cependant dans le monde du malakût, tu ne peux plus établir aucune direction. Et même si tu considères que tu es parvenu et que tu as atteint le but, cette accession n’a pu se faire que par l’esprit et non pas par le corps. Comment l’esprit pourrait-il avoir une direction, lui dont la seule direction est l’ordre (amr) de la seigneurie : « Ils te questionnent au sujet de l’esprit. Dis : « L’esprit est inhérent à l’ordre de mon Seigneur. [8] » »
Il inscrivit ainsi ce Coran dans les différents emplacements des étoiles, faisant par là-même de cet univers le développement détaillé (de ce Coran)… et c’est précisément cela qui se manifeste dans le cœur de l’individu qui se sera montré en mesure d’accueillir cette lumière. Mais cela ne se manifeste que à celui dont le cœur aura pu accueillir la lumière du Miséricordieux.
De ce fait, lorsque j’insistais et que je te disais, dans le hâ’, que tu devais rechercher le markaz… « Concentre-toi sur la lumière, plonge dedans… » voilà qu’aujourd’hui, tu en as besoin !
Si tu l’as mésestimée et si tu as amoindri sa valeur… alors sache que c’est tout simplement que tu n’as aucune part en cela.
Dans le hâ’, tu as cherché, tu as trouvé, tu as vu, tu t’es immergé parmi une multitude d’images… tu as parlé d’anges, tu as parlé de djinns. Tu as parlé de choses du monde céleste, et tu as parlé de choses du monde inférieur… En revanche aujourd’hui, ce dont tu as besoin, c’est d’un état de pureté total et immaculé. Lumière sur lumière. C’est-à-dire la lumière que tu as rapporté du hâ’ al-hawiya, sur la lumière du lâm al-qabd, jusqu’à ce que ta lumière, qui est en vérité l’ombre de la lumière du miroir originel, se fonde en cette dernière.
C’est ainsi que ce cœur deviendra une maison habitée (baytun ma’mûr), du fait que Allâh aura fait de sa lumière transcendante la michkât de ce corps. Et il aura fait de la misbâh de l’exclusivité (al-ahadiya) la zujâja de la nafs divine. Alors, tu réaliseras que tu n’as jamais vu et perçu que ta propre nafs. « Ô toi l’âme apaisée, retourne à ton Seigneur satisfaite et agréée [9]. »
Il y a par conséquent celui dont la nafs a atteint cet état d’apaisement, et qui aura pu contempler nafs al-Rahmân, laquelle se révélera à lui comme étant un miroir qui lui dévoilera le défaut qui le souille, afin qu’il soit en mesure de le corriger avant qu’il ne soit trop tard… et puis il y a celui qui aura contemplé ce miroir et qui, terrifié par ce qu’il aura vu, aura préféré détourner les yeux, prendre la fuite, et finir par se confondre en mensonges et calomnies.
Choisis de quel côté tu te placeras.
Le Seigneur dit : « D’où que tu sortes, tourne-toi vers la mosquée sacrée [10]. » Cela veut dire que malgré le fait que « Il est avec vous où que vous soyez [11]. », malgré le fait que où que tu regardes, et quel que soit ce que tu désignes ou ce vers quoi tu te diriges, al-Rahmân est et demeure ta qibla… en vertu de ce miroir, ta qibla ne peut être autre que la Ka’ba. Celui donc qui fera d’elle le miroir de sa nafs, et qui apprendra à déceler en elle son propre défaut, il connaîtra la réalité de son état spirituel, et cette Ka’ba deviendra pour lui Voie blanche (mahajjatan baydâ’).
C’est précisément pour cette raison que le véritable bienfait réside dans la vision de la Ka’ba, et non en le fait d’entrer à l’intérieur. Celui qui entre dans la Ka’ba, il s’imagine que c’est autour de lui que les gens accomplissent le tawâf. Il est alors gagné par l’orgueil et la suffisance… A l’inverse, celui qui s’en tient à sa contemplation, sa vision est en elle-même une louange. Celui qui prie, s’agenouille et se prosterne, sa prière en vaut mille. Bonne nouvelle donc à celui qui observe tout en sachant ce qu’il voit. Bonne nouvelle à celui qui a la connaissance de ce qu’il contemple. Et inversement, malheur à celui qui regarde et ne perçoit rien d’autre qu’un voile noir… qu’il sache que le cas échéant, ce n’est que l’état de son propre cœur qu’il perçoit.
Si, lorsque tu te tiens devant la Ka’ba, tu la perçois parée d’un ihrâm semblable à l’ihrâm [12] que tu portes toi-même, alors sache que c’est la pureté de ton cœur qui s’est manifestée à toi. Si en revanche tu regardes la Ka’ba, et que tu la vois parée de son tissu noir, alors sache que ton Hajj n’est pas accepté. Parce que tu es resté avec l’image, avec l’apparence matérielle : tu as adoré de la pierre, et jamais tu n’as accompli le tawâf autour de al-Rahmân.
Il est l’astre de grand éclat (al-kawkab al-durriy), par le secret de la synthèse des noms, les indiquant tous depuis le degré de divinité, laquelle est par cet arbre béni, que al-Mustafa ﷺ établit comme étant les ahl al-bayt. De sorte que pour toute personne priant sur lui… il lui fut rendu obligatoire de prier en vérité sur l’ensemble des gens de sa maison. Car celui qui se refuse à prier sur eux, c’est comme s’il attribuait au Prophète ﷺ le fait d’être abtar [13] : privé de descendance. Alors qu’en vérité, al-abtar, celui qui est amputé, c’est bien celui qui a coupé son lien avec le Prophète ﷺ, sans même s’en rendre compte.
Si le Prophète ﷺ nous a recommandé de prendre en considération cet arbre (sa descendance), c’est qu’il ne peut être que béni (mubâraka), et que son flux est lumière… raison pour laquelle il mentionna en l’occurrence la ‘itra des gens de sa maison. Il ne mentionna pas ici ahl al-bayt de manière générale, mais bien la ‘itra. Va donc et cherche la ‘itra. Si tu as la ‘itra… tu deviens alors par là-même de la famille de al-Mustafa. En revanche si tu n’as pas la ‘itra, quand bien même tu serais de la famille de al-Mustafa, sache que ta branche est morte, desséchée.
L’arbre déploya ses feuilles, au travers des sens spirituels et ésotériques, et il se mit à resplendir par les images du monde créé… ou comme si l’arbre était l’unique existence en ce monde, comme si tout en dehors de lui n’était que néant. Comme le dit le Shaykh al-‘Alawiy dans l’un de ses poèmes : « Vous êtes les petits serviteurs d’Allâh, et tout autre que vous ne l’est point. » Par ces mots, il exprima trois degrés… pour celui qui toutefois dispose d’un cœur sain et qui est en mesure d’en comprendre le sens… Quant à celui qui n’a pas cette compréhension, il est dans la négation.
Le fruit véritable de cet arbre, c’est l’Humain… et le fruit, comme nous l’avons dit, est lui-même la synthèse de cet arbre. Soit autrement dit, ce flux spirituel et ésotérique… on ne saurait le retrouver davantage dans quelconque pierre ou arbre que dans l’Homme. Cherche donc, parmi les hommes, où se trouve précisément ce secret. Il est telle la lumière apparente en Adam (‘alayhi salâm), qui lui-même est une reproduction (nuskha) du Vrai, son image synthétisant toutes les réalités ésotériques de l’univers. En effet : « Allâh créa Adam à Son image. » Cette réalité se manifeste de manière explicite par et à travers le cristal (al-zujâja) et par l’astre de grand éclat (al-kawkab al-durriy), qui lui-même synthétise l’ensemble de tous les noms. Le secret de cet astre, c’est le flambeau illuminant (al-sirâj al-munîr) : la haqîqa al-muhammadiya. Sois donc toi-même ce kawkab, et fais en sorte que dans ton cœur resplendisse le sirâj al-munîr, ainsi tu auras véritablement connu la haqiqa al-mustafawiya. En revanche si tu t’en tiens aux apparences… quelle que soit la description que tu puisses faire de lui ﷺ, tu ne l’auras pas évoqué à sa juste valeur.
Si tu le décris comme ayant un léger espace entre les dents (mufallaj), nous te rétorquons que tu en es resté aux apparences physiques. Si tu le décris comme ayant les cheveux noirs, nous te disons que tu en es resté aux apparences physiques… Tu as connu l’apparent (al-dhâhir), mais tu n’as pas connu le premier (al-awwal) dans la prophétie.
Si en revanche tu dis que tu l’as connu en tant que lumière, sans connaître son apparence physique… alors nous te disons que tu as connu sa forme première (awwaliya), mais tu n’as pas connu sa forme finale (khatmiya). Enfin si tu le ﷺ réunis en une considération absolue, et si tu dis qu’il est une lumière incarnée en une forme humaine, alors nous te disons qu’effectivement, tu as dit vrai… cependant, as-tu une preuve claire et définitive de ce que tu avances, ou bien ne sont-ce là que de belles paroles qui courent sur ta langue ?
Cherche… Cherche, mais abstiens-toi de venir nous dire « Moi je sais… moi j’ai compris que… » Retourne à ton cœur ténébreux, plonge dans tes abysses les plus obscures… et si de là tu parviens à retrouver le chemin à suivre, c’est qu’effectivement tu as compris. Dans le cas contraire, si tu restes dans les ténèbres… alors, lorsque tu entends parler les Hommes : écoute ! Écoute ce qu’on te dit, et mets en pratique ce qu’on te demande ! Car de toute évidence, tu n’as aucune part dans cela, tu es et tu restes étranger, en dehors du cercle.
L’apparent (dhâhir) de al-Mustafa ﷺ, c’est Adam. Et le caché (bâtin) de Adam ﷺ, c’est al-Mustafa ﷺ. Allâh ﷻ dit : « Il enroule la nuit sur le jour, et Il enroule le jour sur la nuit [14]. » C’est-à-dire qu’il enroule (yukawwir) la nuit de l’élargissement (bast) sur le jour de la contraction (qabd). Et il enroule le jour de la synthèse du Verbe (jawâmi’ al-kalim) sur la nuit de tous les noms.
Allâh dit effectivement au sujet de Adam : « et Il enseigna à Adam tous les noms. » Quant à al-Mustafa, il dit : « Me fut octroyée la synthèse du Verbe (jawâmi’ al-kalim) [15]. » De sorte que si tu dis : « Par l’aube (wa l-duhâ) [16] », alors tu es dans la considération de jawâmi’ al-kalim. En ceci il y a un signe pour les doués d’intelligence : la prière de duha est bien une prière surérogatoire, et non une prière obligatoire… et qu’elle se prie de deux à douze rak’at.
Celui qui persiste dans l’accomplissement de la prière de duha, toute sa vie durant, avec douze rak’at : il contemplera la face de al-Rahmân, conformément au nombre de lettres de la Parole « lâ ilâha illa Allâh » [17]. Ceci pour ce qui concerne la purification du musulman moyen. Quant à la purification de l’élite… elle consistera en le fait que le dit individu, resté à son emplacement, éveillé, se consacrant au dhikr, s’abstenant de toute parole autre que la mention de l’éternel, sans bouger de son emplacement… celui-là obtiendra un hajj et une ‘omra. Pour lui, deux rak’at seront suffisantes, et il comptera dès lors du nombre de ceux qui accomplirent le tawâf autour de al-bayt al-ma’mûr, prirent toute la baraka, demeurant dans la perpétuelle contemplation de l’éternel. Leur soleil s’est levé, et il ne s’est pas couché. Ce levé de soleil demeure dans leurs cœurs, de sorte que s’ils venaient à regarder une chose, ils percevraient la lumière du créateur avant de voir la créature. En d’autres termes, ils restent avec le soleil de l’exclusivité (ahadiya) plutôt qu’avec l’image illusoire relevant du néant. Quant à celui qui débute, après que ces images du monde illusoire se soient manifestées à lui, il cherche la réalité cachée de ces images, jusqu’à atteindre une haqîqa en laquelle elles se rejoignent.
Notre Seigneur ﷻ insuffla en nous de son esprit. De ce fait, celui qui compte parmi les gens du tawhîd al-jam’ et du tawhîd al-farq, son esprit sortira en une seule fois, et en un seul souffle : par sa prononciation de « lâ ilâha illa Allâh, Muhammadun rasûlullâh« , ou par sa prononciation de « Allâh« , l’esprit sortira entièrement.
Mais… quand sortira ton esprit de manière totale, ô bien-aimé du Seigneur ?
Lorsque, considérant ta propre personne, tu ne percevras plus aucune forme ni image de toi-même. Exactement comme il se produisit pour Mûsa (‘alayhi salâm) : lorsqu’il constata qu’il n’avait plus aucune existence, il tomba, foudroyé. Il regarda dans un premier temps en direction de la montagne, et son Seigneur la réduisit à néant. Puis il voulut se regarder lui-même, mais constata qu’il en avait été de même pour lui… et il tomba foudroyé. Cette sortie de l’esprit de Mûsa, c’est une sortie de jamâl. Une telle sortie de l’esprit est une élévation éminente. La porte des cieux est ouverte d’une ouverture totale.
Quant à celui dont la sortie de l’esprit n’est que partielle, qu’il sache que les affres de la mort seront pour lui d’une difficulté proportionnelle à ce dont il avait connaissance. Chaque atome de lumière qui ne sera pas sorti lui sera arraché à la manière d’une branche d’épine que l’on tenterait d’extraire d’une boule de laine mouillée. Si tu es capable de sortir cette branche d’épines de la laine mouillée… alors dans ce cas, retire de même la lumière de ton cœur !
Tu as vécu un temps… si tu as consacré ce temps au travail sur la lumière, alors sache que jamais Allâh ne te soumettra aux tourments de la tombe. Ton esprit quittera ton corps d’un seul coup, par la prononciation d’une seule parole. Tu mentionneras « Allâh », le premier ciel se fendra pour toi et se présentera à toi telle une rose écarlate [18]. C’est-à-dire que la michkât s’ouvrira pour toi et que tu y seras le bienvenu.
Quant à celui pour qui il n’en sera pas ainsi… l’esprit devra être extirpé de son corps matériel illusoire et inexistant… or toi, évidemment, tu es davantage attaché au corps qu’à l’esprit.
Alors imagine-toi : que fera de toi le Seigneur ?
Le problème vois-tu, c’est qu’à ce sujet les hadîths sont authentiques… tu ne peux pas les nier. Cela ne relève pas du domaine du caché et insondable (bâtin), c’est au contraire totalement clair et apparent (dhâhir) : le Seigneur t’enverra des anges, qui seront chargés de te rouer de coups, afin d’extraire de toi jusqu’aux dernières onces de lumière et d’esprit… seulement les dernières particules ne sortiront qu’une fois que l’entièreté de ton être aura été anéantie.
Imagine-toi, tu es ici allongé… et nous te frappons, comme on frappe des couvertures poussiéreuses… C’est la raison pour laquelle, en vérité, peu nous importe ceux qui souhaitent renier, suivre ou ne pas suivre… Parce que un seul instant de ce passage compense toute une vie. La simple venue à toi de ces anges, chargés de te tabasser… juste cet instant est suffisant.
A partir de là, vois où tu en es : ton esprit sortira-t-il entièrement et d’un seul trait… ou bien sortira-t-il de manière progressive et par étapes ?
C’est à ce moment-là que tu sauras si la lumière est vérité, ou si c’est plutôt une hallucination du shaytân.
Seulement attention, car lorsque ton esprit quittera enfin ton corps, après que les anges se soient dûment chargés de ton cas… tu ne trouveras pas la rose écarlate, ouverte pour les gens du tawhîd. Plutôt, tu trouveras les portes du ciel, fermées. Et tu resteras devant elles, noyé dans les regrets et le désespoir. Tu resteras, torturé dans les mawâqi’, parce que tu auras renié le Coran qui s’y trouve, du temps où il t’était encore accessible. Tu prenais le Coran, tu lisais ses sourates… mais tu as fini par oublier où se trouvait le point d’ancrage du sens profond de la lettre. Au final, tu n’es plus ni ici, ni là-bas. Voilà la grande catastrophe.
Disions-nous : dans cet enroulement de la nuit sur le jour, et du jour sur la nuit… notre Seigneur enroula jawâmi’ al-kalim sur asmâ’ Allâh al-husna. C’est-à-dire qu’en d’autres termes, le Prophète donna l’explication (tafsîr) de ces noms, puis il accomplit une synthèse exhaustive du tout et dit : « Dis : C’est Lui, Allâh, l’Exclusif [19]. » Tel est sayiduna al-Mustafa ﷺ. Il est l’huile de l’existence, par la haqîqa du contemplant et du contemplé, spécifié par les différents degrés des nombres et de ce qui est énuméré. C’est-à-dire que si tu considères le nombre et ce qui est énuméré, tu perçois : « Certes, il vous est venu un Messager de vous-mêmes (de vos propres nafs) [20]. » en ce sens que chacun a une nafs, et chacun a un Messager ﷺ. Apporte-nous donc une risâla de ta propre nafs, une risâla dont tu nous informerais sans craindre qui que ce soit. Une risâla que tu transmettras sans craindre nul autre que Allâh. As-tu fait cela ? As-tu transmis ?
Je vais te dire moi, la risâla que tu as transmise… c’est la risâla de la quête de ce bas-monde. La quête de l’embellissement du corps et de ton apparence en général… pour le préparer au mieux à rencontrer l’ange qui sera chargé de le rouer de coups. Voilà ce que tu as cherché ici-bas.
Où es-tu ?
Tu dis « moi (ana) », alors que tu n’as même pas encore appris à dire « toi (anta) »… lorsque tu auras réalisé anta, alors seulement, dis ana. Et lorsque tu auras réalisé « lui (huw) », dis « à lui (lahu) ». Lorsque les différents pronoms se seront ainsi révélés à toi, tu auras vraiment compris comment faire preuve de bienséance (adab) dans la transmission de la risâla.
Il est ﷺ al-michkât et al-misbâh. Il est le sirâj d’Allâh qui clarifie tout. Il est le soleil de la zujâja de la nafs. Il est l’arbre de la hawiya sanctifiée, et il est l’olive bénie par les diverses formes de jamâl et d’intimité divine. Peu s’en faut que l’huile de la divine essence n’éclaire par elle-même, par la kanziya de l’occultation des attributs, sans que le feu de l’amour de la gnose ne doive la toucher, d’une manière subtile qui n’implique ni la nature apparente, ni la nature cachée. La sagesse divine établit plutôt que cette lumière ne se révèle qu’aux yeux (intérieurs), et il s’agit-là du secret de « J’ai aimé à Me faire connaître. »
« J’étais un trésor caché, et J’ai aimé à Me faire connaître. » Le Seigneur ﷻ, aima à se faire connaître. Il créa donc la création… et c’est par lui (bihi) qu’ils le connurent. Par la lumière originelle, la création put connaître la ramification. Il observa la bienséance avec cette ramification, qui le mena alors à la haqîqa de l’origine.
L’existence muhammadienne transcenda l’orient et l’occident, ainsi que l’exemple (al-mathal) dont le combustible provient de l’arbre de la hawiya. Allâh fit que l’exemple adamien soit analogie (muchabbah), et qu’il ne soit autre que l’exemple muhammadien transcendant (munazzah). Il dit : « Aucune chose n’est comparable à Son exemple, et c’est Lui l’Audiant, le Clairvoyant [21]. » Oui, lorsque le Vrai dit qu’aucune chose n’est comparable à son exemple, cela renvoie à l’exemple par analogie (al-mathal al-muchabbah) auquel fait référence le verset, et qui établit par là-même sa transcendance (tanzîh). Quant à Allâh ﷻ , dès lors que « Aucune chose n’est comparable à Son exemple », il te donne dans un premier temps le statut établi de l’analogie (hukm al-tachbîh), puis en finalité la négation du kâf de l’analogie [22], et tu demeures avec « Allâhu ahad ».
Si Allâh ﷻ n’avait pas révélé ce verset « Aucune chose n’est comparable à Son exemple », et plus précisément s’il n’avait pas dit « ka-mithlihi (littéralement « comme Son exemple ») », nous n’aurions pas été en mesure d’établir cela. Cependant, dès lors que cela est dit tel que c’est dit, cela signifie que la transcendance (al-tanzîh) concerne ici l’exemple analogié (al-mathal al-muchabbah) auquel fait référence le verset : « un exemple (mathal) de Sa lumière est tel [23]… ». Par conséquent, c’est en vertu de cette analogie (tachbîh) qu’il se trouve concerné par la transcendance (al-tanzîh).
Allâh dit : « Allâh est lumière », c’est ici un tanzîh total et absolu. « Allâh est la lumière des cieux et de la terre. » si tu cherches parmi les intermédiaires (wasâ’it) des cieux et de la terre, tu ne trouveras de gnose auprès d’aucun d’entre eux, excepté dans la mesure où tu reviendrais à la michkât de ton cœur, qui te dira alors, en vertu de cet exemple qui t’est parvenu : « Aucune chose n’est comparable à Son exemple. » Ledit exemple n’étant autre que : « Un exemple de Sa lumière est telle une niche (michkât) dans laquelle se trouve une lampe (misbâh). La lampe est dans un cristal (zujâja), et le cristal est tel un astre de grand éclat (kawkab durriy). »
Si tu renies le centre (markaz) du hâ’, cela revient au fait d’établir la michkât tout en reniant la misbâh. Et si tu établis le lâm al-qabd ainsi que le lâm al-ma’rifa… c’est que tu as établi la misbâh qui n’est autre que le lâm al-qabd, et la zujâja, qui n’est autre que le lâm al-ma’rifa… le kawkab al-durriy étant quant à lui le alif al-muqaddar. C’est le mouvement du kawkab al-durriy qui fit apparaître le bâton du alif, dans son écriture première. Nous avons donc quatre descriptifs, ou quatre exemples théophaniques, correspondant aux quatre lettres du nom divin. Ou quatre exemples théophaniques pour quatre lettres du nom de al-Mustafa ﷺ. Muhammad : mîm pour michkât, hâ pour misbâh, mîm pour zujâja, et enfin dâl pour la perpétuité (dawâm) du kawkab al-durriy dans son retour à la lumière éternelle. Toujours : quatre exemples pour quatre lettres. Considère donc où tu en es de cela. Es-tu des gens de la michkât… ou bien de la misbâh ?
Ou bien n’as-tu ni michkât, ni misbâh, ni juzâja, ni kawkab…
Voilà le sens de la parole divine : « Lumière sur lumière », pour décrire l’inclusion de la lumière analogique (nûr al-tachbîh) dans la lumière transcendante (nûr al-tanzîh), de sorte que cette lumière n’ait aucune ombre. Et dans le sahîh de Muslim, lorsque le Messager d’Allâh ﷺ fut questionné : « As-tu vu ton Seigneur ? » Il répondit : « Une lumière, présentement je vois (nûran ânni arâh). » Il n’y a ici ni tachbîh ni tanzîh, ni voyant ni vu. Plutôt : « c’est Lui, Allâh, l’exclusif. », celui dont toutes les lumières furent incluses dans la lumière de son essence, le singulier, celui qui est par lui-même, le seul à être imploré, le permanant par son essence, qui n’a pas engendré ni ne fut engendré, qui ne saurait avoir d’égal ni de comparable, ni de ce par quoi il pourrait être vu… mais plutôt, il dit ﷺ de manière fine et subtile : « Une lumière, présentement je vois. » C’est-à-dire qu’il établit l’analogie (al-tachbîh), puis retourna l’analogie à la transcendance (al-tanzîh)… et ce dans une seule et même phrase succincte, seulement trois mots. Il dit bien : « Une lumière, présentement je vois. » et il n’a pas dit : « J’ai vu… ». Il a dit « ânni » c’est à dire en ce moment-même, renvoyant à l’état de perpétuelle évanescence, ou au perpétuel état de jonction (wasl).
Par ailleurs, le nom de Muhammad ﷺ fut mentionné par quatre fois dans tout le Coran :
Dans sourate âlu ‘Imrân : « Muhammad n’est qu’un messager… »
Dans sourate al-Ahzâb : « Muhammad n’est le père d’aucun de vos hommes »
Dans sourate Muhammad : « …et crurent en ce qui fut descendu sur Muhammad »
Dans sourate al-Fath : « Allâh suffit comme témoin. Muhammad est le messager d’Allâh. »
Nous avons quatre lettres dans le nom de Muhammad, et il fut mentionné à quatre reprises dans le Coran. Quatre mentions, pour un objectif éminent, pour l’accomplissement d’une jonction totale. Parce qu’il est la ka’ba de la quadrature. Par son essence, ses noms et ses attributs accomplirent le hajj. Si son nom en quatre lettres fut mentionné à quatre reprises dans le Coran, c’est parce que cette maison de l’existence (bayt al-wujûd) se dresse sur quatre piliers : al-awwaliya, al-akhiriya, al-dhâhiriya et al-bâtiniya.
Il est le premier (al-awwal) sans commencement, et il est le dernier (al-akhir) sans fin. Il est l’apparent (al-dhâhir) et il est le caché (al-bâtin). Voilà comment nous revenons au lâm al-qabd… ce n’était là qu’une introduction, afin d’être en mesure de comprendre un peu mieux en quoi consistera la lecture de ce lâm. Car c’est ici que débutera soit al-awwaliya, soit al-akhiriya, soit al-dhâhiriya, soit al-batiniya. Nous prendrons deux d’entre ces attributs, par lesquels nous travaillerons sur le lâm al-qabd. Et c’est par l’inclusion de ces deux attributs que nous serons en mesure par la suite de retourner au lâm al-ma’rifa, selon leur emplacement spécifique, qui est le barzakh. En vertu donc de cela, et conformément à la descente théophanique du lâm al-qabd dans cette réalité, pour que le lâm al-qabd se scinde et se distingue clairement du hâ’ al-hawiya, tout en restant en même temps directement lié à lui. Il y aura donc bien à la fois un fasl et un wasl, en même temps. Et c’est la raison pour laquelle nous transmettons les secrets en transmettant une lamha du lâm al-qabd, une lamha du lâm al-ma’rifa et une lamha du lâm al-fasl wa al-wasl… afin que, lorsque tu retournes au lâm al-qabd, tu saches comment t’y prendre pour étudier et comprendre ce lâm al-qabd, puis le lâm al-ma’rifa. C’est ainsi que tu auras une base et une préparation pour entendre ce que tu vas entendre à ce sujet.

Al-Mustafa ﷺ traça un trait dans le sable. Et quand on entend un trait dans le sable, c’est un trait dans un ensemble d’étoiles, chaque grain de sable représentant l’une d’entre elles. Puis, il ﷺ dit : « Voici la voie d’Allâh droite : suivez-la, et ne suivez pas (les autres) sentiers. » Cette voie de la droiture (al-tarîq al-mustaqîm) n’est de droiture que dans la mesure où elle est établie par trois points, au minimum. Si ces trois points sont effectivement alignés, alors on peut établir que le trait est bien droit.
Sur ce trait, on considère que le premier point serait un homme. Un homme de 10 ans. Pourquoi 10 ? Parce que c’est à dix ans que descend le qalam qui vient consigner toutes les actions de l’individu. A sept ans, il apprend la pratique, et à partir de dix ans, ses parts de blanc et de noir se révèlent. Par ses mots et par ses actes, voilà que cet individu évolue et écrit lui-même sa propre trajectoire. Nous obtenons ainsi divers points au-dessus et en dessous du alif. Tantôt ce sont des parts lumineuses, tantôt des parts ténébreuses. Considérons que cet individu soit un pécheur… ou même un mécréant. Dès lors, depuis l’âge de 10 ans, tous ses points sont noirs… jusqu’à ce qu’il atteigne le milieu, et là, il accomplit un repentir (tawba) sincère. Disons qu’il a alors 30 ans, ou plus. Il s’est repenti d’un repentir sincère et définitif… ce n’est pas un repentir frivole, qui te laisse retomber dès le lendemain dans le même péché que la veille… Ce repentir sincère eut donc lieu à disons 30 ans, et de là, tous les gestes et toutes les paroles de l’individu sont des étoiles lumineuses. De 30 ans jusqu’à sa mort, par exemple à 70 ans, il évoluera parmi les étoiles, dans le sens où ses actes n’auront plus rien à voir avec ceux d’avant ses 30 ans.
Au Jour du Jugement, l’esprit de cet individu se présentera au lieu de rassemblement de toute l’humanité. Évidemment, après avoir passé le châtiment de la tombe et tout ce qui précède… Ce alif ainsi inscrit, qui est le alif al-muqaddar de son évolution personnelle… tout ce qui se trouve au-dessus est considéré comme relevant du malakût, et tout ce qui se trouve en dessous est considéré comme relevant du jabarût, ou du bâtin.
Quoi qu’il en soit, on considère que tous ses actes avant 30 ans sont négatifs, et que tous ceux après 30 ans sont positifs. L’individu se tient alors devant la balance du Jugement… mais cette balance en vérité, ce n’est rien d’autre que lui-même, par lui-même. Le centre de la balance, ou son point de bascule, c’est sa tawba. La première partie de sa vie est péché… et en ce sens il y a un hadîth de al-Mustafa ﷺ, rapportant l’histoire de celui qui avait tué 99 personnes. Il demanda à un homme s’il pouvait se repentir, ce dernier lui répondit que c’était impossible, et il fut tué à son tour, complétant 100 meurtres. Puis il posa la même question à quelqu’un d’autre, qui lui dit qu’il pouvait bien sûr se repentir, mais que pour cela il lui faudrait s’exiler. Partir dans une autre ville, fréquenter les bonnes personnes et adorer Allâh jusqu’à ce que son heure vienne et que son sort soit décidé. Il partit donc bien vers la ville indiquée… mais il mourut en chemin, avant de l’atteindre. Une discussion s’engagea alors entre les deux parties, pour savoir de quel groupe cet aspirant au repentir ferait partie. Le premier groupe affirma que ses péchés étaient tellement importants qu’il ne pouvait être que l’un des leurs… tandis que le second groupe défendait qu’ayant accompli un repentir sincère, il était plutôt des leurs.
Ici, nous ne parlons pas de la toute-puissance d’Allâh ﷻ… Si le Seigneur veut une chose, il lui dit sois, et elle est… effectivement, il se peut qu’un individu passe 70 années de sa vie uniquement dans le péché, et puis dans ses derniers instants il implore le pardon d’Allâh, meurt dans cet état, voit sa repentance agréée et entre au paradis. Ici, nous ne parlons pas de cela, nous revenons à quelque chose de logique.
L’homme meurt, puis se trouve au Jour dernier et le Vrai établit pour lui la balance du jugement. Chacune de ses bonnes actions vient en effacer une mauvaise. Ou autrement dit, chaque étoile lumineuse vient effacer une tache noire… et au final, il revient à zéro. Il n’a plus ni bonne, ni mauvaise action. Celui-là est considéré comme comptant parmi les gens de al-a’râf. C’est-à-dire que son cas est dans un état d’équilibre parfait. S’il a une seule bonne action en plus, il est dans le paradis. Et s’il a une seule mauvaise action en trop, il est dans l’enfer.
Que constates-tu ici ?
Tu constates qu’il y a un seul alif : celui que tu traces toute ta vie durant. Tu l’écris depuis ta naissance jusqu’à ta mort. Ce alif unique, il va en réalité se diviser en deux alif. Et il se divise par une tawba qui n’a pas d’égale. Il se divise par ton abstraction de toute forme apparente, et par ta persistance avec la lumière de l’étoile éternelle. Alors cette moitié qui se trouve entre tes 30 et tes 70 ans devient pour toi tel un miroir.
Nous obtenons alors ceci :

Le alif est donc unique… mais par ce pliement, il est devenu deux. Allâh dit : « Le jour où Nous plierons le ciel comme se plient les feuillets du livre. De la même manière que Nous avons commencé la première création, Nous la répéterons. [24] »
Cela signifie que « Le jour où Nous plierons le ciel comme se plient les feuillets du livre » correspond au pliement de ton temps passé, ce que tu as vécu sur la terre, tandis qu’elle te transportait avec elle dans le malakût… considère donc ce que tu as accompli depuis tes dix ans jusqu’à ta mort. Si effectivement tu es un repentant, si effectivement tu as fait une véritable tawba, alors tu en goûteras cette saveur… Elle restera en toi, dans ton esprit, de sorte que jamais tu ne pourras l’oublier. Elle sera pour toi comme une mort : jamais tu ne pourras oublier comment tu en es arrivé à cette tawba, et comment tu es revenu à Allâh. En revanche, si tu fais tawba, puis tu reviens au péché, puis tu refais tawba, puis tu reviens au péché… Alors on ne pourra pas dire que cela te concerne.
Ce faisant, nous revenons à la considération du nom divin « Allâh ». Car de fait, les gens d’Allâh représentèrent le lâm al-qabd scindé en deux, avec donc un espace le séparant de haut en bas. D’un côté, on a « lahu », tandis que de l’autre côté, on retrouve trois alif.
Suhayl, lève-toi et raconte ta vision.
« Alors que je faisais mon wird, sidi Shaykh m’est apparu en vision, avec un tableau, et il me donna une leçon sur l’écriture du nom « Allâh ». L’envers du tableau, c’est-à-dire le côté opposé à celui où l’on écrit, était tout rouge. Sur ce tableau, dans un premier temps, les trois alif furent inscrits en lumière (ce qui correspond dans le nom divin au alif, lâm et lâm.). Et sidi Shaykh me dit alors : ces alif lumineux sont à moi. Puis, je vis apparaître le lâm al-qabd effectivement scindé en deux, ses deux parties se rejoignant en un point au sommet du lâm. Sidi Shaykh s’approcha, et il trancha ce sommet dans le sens de la hauteur pour finir de séparer les deux parties du lâm al-qabd. Alors, là la partie à gauche de la scission, c’est-à-dire la partie inscrivant « lahu » devint entièrement noire, ténèbres. Et cela correspondait à la part revenant au disciple.
Suite à cela, je vis que chaque alif avait une dimension précise. Le alif al-tawhîd faisait 12 cm. Puis le alif correspondant au lâm al-ma’rifa faisait 9 cm. Puis, le alif correspondant à la partie droite du lâm al-qabd, ainsi que celui de la partie gauche, faisaient tous deux 3 cm. Enfin, dans le hâ’ entièrement noir, il y avait un alif correspondant au diamètre du cercle, ce diamètre était de 12cm, correspondant à la dimension du alif al-tawhîd. Je vis ensuite que devait apparaître un triangle rectangle inscrit dans le cercle du hâ’, avec pour côtés le diamètre (12 cm), 9 cm et 3 cm. Le problème étant bien sûr qu’il semble géométriquement impossible d’avoir un triangle rectangle dont les côtés seraient de ces dimensions.
Par conséquent, le diamètre de 12 cm reste établi et immuable. Puis, apparaît tantôt un deuxième côté de 3 cm, et le triangle se referme alors avec un troisième côté indéterminé… tantôt le deuxième côté du triangle est de 9 cm et celui-ci se referme à son tour avec un troisième côté indéterminé. Ce triangle aux côtés de 12 et 3 cm est le triangle originel, et il est de couleur bleue. C’est de ce triangle originel sort le deuxième triangle, qui est comme son ombre, et qui est le triangle aux côtés de 12 et 9 cm. »
Nous avons donc trois alif. Les premiers de ces alif est de 12, donc au nombre des lettres de « lâ ilâha illa Allâh« .
Le lâm al-ma’rifa est associé au chiffre 9, ce qui correspond à la réception (talaqqiy) et à l’émission (ilqa) des flux spirituels. Al-talaqqiy, ou la réception des flux spirituels, se fait sous neuf degrés pour le disciple. Et al-ilqa, ou l’émission de ces flux spirituels par al-Rahmân se fait de même selon neuf degrés. 9 + 9 nous donnent 18. Reste le flux, entre les deux parties, qui s’opère par ce que l’on désigne comme étant un 1 caché. C’est ainsi que se complète le secret de la basmalah (18 + 1 = 19), au nombre de ses 19 lettres.
Enfin, le lâm al-qabd est associé au 3, avec un autre 3. Qu’avons-nous donc ici ?
Ici, le disciple a un droit sur une partie du lâm al-qabd, ainsi que sur le hâ’ al-hawiya… qui ne sont que noirceur. Ceci parce que le disciple s’est trop familiarisé avec les formes apparentes. Il a aspiré et il a aimé le Vrai ﷻ par ces formes… mais il fut incapable de l’aimer dans sa transcendance (al-tanzîh). Et il est absolument incapable de concevoir la réalité de ce tanzîh, quoi qu’il fasse… car au fond de lui, il est et demeure inévitablement rattaché au tachbîh, c’est-à-dire à la forme (sûra). Quand réalisera-t-il cela ?
Lorsque le lâm al-qabd sera descendu pour lui, et qu’il aura été partagé en deux. Le disciple en recevra une part, qui correspondra au chiffre 3, lequel renvoie à al-islâm, al-imân, et al-ihsân. Lorsque le disciple regardera dans le miroir, c’est-à-dire lorsqu’il regardera sa forme originelle dans le miroir du lâm al-qabd, qui n’est autre que la wâsita… lorsqu’il se regardera dans ce miroir, du point de vue de al-islâm, il constatera si vraiment il agit comme il se doit, ou non.
En ce sens le hadîth de al-Mustafa ﷺ : « Priez comme vous m’avez vu prier. » Ici, le miroir se manifeste dans l’acte physique. Seulement les actes de al-Mustafa ﷺ s’élèvent sur trois degrés… comme lorsqu’il montait sur le minbar, qui était fait de trois marches : mulk, malakût et jabarût. Al-Mustafa ﷺ pria et dit « Priez comme vous m’avez vu prier », afin d’établir pour toi la station debout, la station inclinée et la station prosternée. Al-Mustafa ﷺ est un miroir : « Un Messager est certes venu à vous de vous-mêmes. » Ce miroir est descendu en une forme apparente à travers d’actes physiques. Ici, tu n’as plus aucun acte qui soit tien, qui que tu sois. C’est la raison pour laquelle ta partie est noire. Tu es incapable d’agir par toi-même, pour la simple raison que ne t’incombe que le suivi. Il est al-imam, et tu es al-ma’mûm. Dès lors, comment peux-tu dire « ana » !? Telle est la question que l’on pose à celui qui est entré dans le hâ’ al-hawiya et qui en a accompli les sept lectures.
Tout cela… je vous avais mis en garde auparavant… je vous avais prévenu que le lâm al-qabd était difficile. Mais vous, qu’est-ce que vous vous imaginiez ?
Vous pensiez que la difficulté du lâm al-qabd, c’est quand le miroir vous sera révélé, et qu’alors vous vous prendrez la tête dans les mains en criant catastrophe… mais bien sûr que non ! Ce qui est difficile, c’est ce que je viens de vous dire.
C’est comme une mise à l’épreuve pour le disciple : comment considères-tu ta propre personne… et pour que tu puisses savoir qui tu es vraiment. Seulement par Allâh Tout-Puissant, vous êtes complètement ignorants…
Lorsque donc tu vois le miroir, dans le déroulement d’une action… est-ce que les compagnons se sont mis à prier immédiatement, lorsqu’ils virent al-Mustafa ﷺ prier ? Non, ils ont commencé par l’observer attentivement et prendre note de ses faits et gestes… tandis qu’il était au-dessus du alif al-muqaddar, priant devant eux selon trois degrés. Et si vous considérez la prière, vous constaterez que chaque rak’a est répartie en trois étapes : station debout (qiyâm), inclinaison (rukû’) et prosternation (sujûd). Ou autrement dit, c’est comme si le temps était ici pour toi replié. Car ici survint que 5 prières en vaudraient 50… mais c’est là un autre secret. Toi, tu pries une unité de prière, et il t’en est compté 10. Pourquoi t’en est-il compté 10 ? Parce que c’est comme si tu avais plié l’univers tout entier.
Tu étais droit (qâ’im), depuis le début jusqu’à la fin. Et puis tu es devenu résigné à lui (lahu)… et tu as alors inscrit un angle droit (zawiya qâ’ima)… malgré le fait que, dans ta résignation, tu n’es absolument pas au niveau de la moitié droite. Tu en es absolument incapable. C’est la raison pour laquelle le Messager d’Allâh ﷺ t’enjoint, durant l’inclination (rukû’), à réaliser un angle droit, à 90°… de sorte que si l’on pose un verre d’eau sur ton dos, comme le mentionne le hadîth, le verre ne se renverse pas. Et toi, dans ce rukû’, tu restes dans la vision et la considération du miroir de ta nafs. Toi, tu regardes et tu t’imagines regarder ta qibla… or, ta qibla n’étant autre que ton propre miroir, tu n’as en vérité jamais regardé que toi-même. Il n’y a personne en dehors de toi-même. Même ce mur qui se dresse devant toi… un tracteur vient et te le détruit. Il ne reste rien. Tu te retrouves donc incliné (râki’) dans un désert de rien, un vide éternel. Par conséquent, ce rukû’ établit un angle, mais sans jamais l’établir. Et il établit la droiture… comme si un triangle avec lesdites mesures était possible… alors qu’il ne le sera jamais. Parce que tu ne peux pas accomplir une tawba parfaite et absolue, qui surviendrait à tes 40 ans… excepté dans le cas du Prophète ﷺ, raison pour laquelle descendit sur lui la révélation, dans la michkât, c’est-à-dire dans la grotte de hira… et de là, ce fut comme si le alif s’était totalement émancipé (taharrara [25]). Il descendit en totale liberté (hurriya), et il descendit en une forme confinée (muqayyad), bien qu’il soit en vérité absolu (mutlaq). Il fut confiné dans une grotte, et la première lettre du Coran qui descendit, c’est ce alif : « iqra’ (إقرأ) ».
« iqra’ (إقرأ) » fut révélé, et on dit que la première lettre révélée du Coran fut le ba, parce que dans cette toute première révélation, on retrouve la hamza sous le alif. Or il se trouve que la hamza n’a pas de valeur numérique, elle ne correspond ni à 1, ni à 10, ni à rien… et dans son écriture originelle, c’est un point. C’est donc ici un point en dessous du alif. C’est-à-dire qu’elle était auparavant dans la liberté de l’absolu, puis elle descendit dans la grotte de hira, pour s’y révéler par le ba (ب). À ce moment-là, al-Mustafa ﷺ n’était encore ni prophète, ni messager. Plutôt, il était dans une wilaya absolue (mutlaqa). C’est la raison pour laquelle, une fois qu’il passa à l’état de nubuwa et de risâla, il dit ﷺ : « Je suis la ville de la science, et Ali en est la porte. » Ali est mon successeur, en cette porte, et il est donc par là-même waliy.
C’est comme cela que se fait la répartition (al-taqsîm), en ce qui concerne le miroir. Ce miroir, pour ce qui est des actes (al-fi’l), tu es dans son suivi. C’est-à-dire que c’est un miroir… mais un miroir qui a la capacité de se mouvoir. Lorsqu’il parle, lorsqu’il s’exprime… ses paroles sont une révélation et un Coran. Il sort et exprime ce qui se trouve occulté en lui, vers toi, auditeur, qui n’as en vérité jamais entendu que de toi-même vers toi-même… et dans cette écoute, c’est le Prophète ﷺ qui t’informa de ce qui se trouvait en toi-même.
Tu viens alors trouver le Prophète ﷺ… à l’image de ce compagnon qui vint à lui et lui dit : « Ô Messager d’Allâh, j’ai causé ma propre perte ! »… ou bien de manière générale, à chaque fois que quelqu’un était bloqué dans une situation et venait chercher une solution en exposant son problème au Messager d’Allâh ﷺ, qui solutionnait le dit problème par la parole.
Que se passe-t-il donc exactement, lorsque vient cette solution ?
Tout se limite aux actions et à l’être de la personne elle-même. Le Prophète ﷺ vient et prononce la solution qui en émane. Ou comme si le Messager d’Allâh ﷺ était en vérité l’interface (barzakhiya) de la tawba, la centralité (markaziya) du temps, venant à toi pour solutionner ton trait droit (ton chemin de vie), qui n’est autre que ton sirât… et il ﷺ devient alors pour toi un burâq. Ceci en ce qui concerne la parole (al-qawl).
Enfin, pour ce qui est de ce à quoi il a consenti (al-taqrîr)… par la baraka du regard, au sujet duquel les maîtres soufis dirent « Un regard vers le waliy équivaut à 70 années d’adoration »… Qu’en sera-t-il donc du regard vers le Prophète et Messager ﷺ !?
C’est-à-dire qu’ici, il te réforme par son consentement ou son acceptation (taqrîr). Il t’a vu faire des choses différentes, des choses qui te sont propres… mais il te laissa faire. Puis, par la baraka de cette vision, ces actions que tu as accomplies sont devenues sunna. Telle est la sunna al-mustafawiya : ce qu’il a fait (fi’l), ce qu’il a dit (qawl) et ce à quoi il a consenti (taqrîr). A partir de là, rapporte-nous la sunna prophétique : la pratiques-tu par le miroir qui te laisse prétendre et affirmer ton « ana » ? Dis « ana« , si tu veux… et nous te répondrons « anta« … seulement, ce faisant, nous rapportes-tu une véritable copie de ce que tu as pu voir dans le miroir ?
Toute ta vie tu l’as regardé, mais tu évoluais dans son hâ’. Puis, tu as regardé ta forme, dans son miroir. Et lorsque tu y as vu tes propres défauts, tu l’as reniée. Certains ont explosé et se sont énervés. D’autres ont pris la fuite. D’autres encore tombèrent malades… etc. Si tu leur demandes quelle est la raison de leur tourment, ils te répondront : « Le Shaykh m’a fait ceci… le Shaykh m’a dit cela… le Shaykh fait telle et telle chose… » Autrement dit tu serais toi-même devenu le miroir, et tu viendrais corriger autrui…
Voilà, à présent cette théophanie est connue, et je l’ai sciemment fait descendre à ce moment précis, pour qu’elle reste et demeure sur vous comme preuve éclatante (hujja) jusqu’au Jour dernier. Vous n’avez absolument aucun droit sur les alifs, tant que je serai en vie ! Le alif et les deux lâm : je suis leur détenteur. Toi, tu restes avec le hâ’, et ton hâ’ est et demeurera noir, pour toujours. Si une copie (nuskha) y descend, par l’acte (al-fi’l), alors elle inscrira pour toi une part du hâ’, et se révélera à toi le triangle de la basmala… de couleur bleu ! Le bleu qui, dans notre tariqa, comme vous le savez tous, renvoie au nom divin al-Muhît (Celui qui cerne). Quant à la couleur rouge, vous connaissez aussi le nom auquel elle renvoie : al-Mumît (Celui qui donne la mort). Cependant : es-tu véritablement parvenu à la mort ? Tu as lu dans les livres des maîtres soufis qu’il était impératif d’être avec ton intermédiaire (wâsita) à l’image d’un mort entre les mains de celui qui le lave… Bien sûr, ça, vous savez lire et parler… et nous, nous n’avons plus rien d’autre à faire que vous écouter.
Très bien, mais toi, en es-tu vraiment arrivé au stade où tu es dans cet état de mort ? Tu es mort, pour que nous, nous puissions venir te laver et te purifier… ?
Non ! A peine on pose la main sur toi, c’est comme si la foudre te frappait ! Pour quelle raison ?
Parce que tu perçois ce geste comme s’il s’agissait d’un anéantissement de ta personne… parce qu’en vérité, tu es comme une boule de laine mouillée dans laquelle serait enchevêtrée une branche d’épines (sidr). Ton esprit ne peut donc pas s’en extirper par al-jam’.
Tu vois bien : tu as lu al-jam’ (dans le hâ’), et il ne t’est pourtant ici d’aucun secours ! Nous t’avons bien révélé le hâ’ al-hawiya… et pourtant, il ne te sert à rien ici. Pourquoi ne peux-tu faire face ? Lorsque nous te montrons le miroir, tu prends la fuite. Pourquoi ? Parce que lorsqu’il descend sa main sur toi, tel l’ange de ta mort, afin de saisir ton esprit, tu le renies ! Tu commences alors à ressentir la douleur. Tu ressens chaque cellule, chaque particule autour de toi… parce que tu as trop aimé ce corps, tu as trop aimé cette forme apparente.
C’est la raison pour laquelle, ce lâm… il n’est étudié que par l’attribut de lumière (sifat al-nûr).
Au départ, je ne vous mens pas… je voulais vous le faciliter. Je voulais vous le descendre avec une facilité qui vous aurait permis de le goûter et de le savourer comme ce fut le cas pour le hâ’. Mais puisque est arrivé ce qui est arrivé… ces parasites, ces gens qui ont fait ce qu’ils ont fait… le cheminement va devenir compliqué.
Le lâm al-qabd, c’est : « Si tu me suis, alors ne me questionne pas, jusqu’à ce que je t’en prépare moi-même la réponse. »Quand je le voudrai, je te dirai quoi. Et si tu t’imagines que tes livres et tes ouvrages et ta bibliothèque… écris tout ce que tu voudras : en une seule nuit, je ferai descendre une leçon qui te donnera du travail pour les 1000 prochaines années. Je le ferai descendre en une nuit, dans le cœur de quelqu’un, il se lèvera au tableau comme ce soir, et il te racontera… Pourtant, moi, ce cours, je ne l’ai pas étudié dans un livre, je ne l’ai lu nulle part… et je n’en ai pas non plus écrit les détails des tenants et aboutissants en plusieurs tomes. Raconte-nous donc ce que tu as à raconter, dis de moi ce que tu sais… et lorsque je mourrai, parle, transmets, fais-en un message (risâla) qui restera à vie dans les oreilles de tout parleur. Si tu restes ici, tu goûteras et tu prendras, quoi qu’il arrive. Si tu pars, tu ne garderas avec toi que du vide inutile. Tu vois bien que le hâ’, que tu considérais comme quelque chose d’incroyable et grandiose… je l’ai rendu ténèbres. Vis dedans si ça te chante… toute ta vie, tu resteras dans le rien. Si tu cherches le lâm al-qabd… commence par chercher un miroir, vas et regardes-y quel est ton visage.
Où trouveras-tu un tel miroir ? Toi évidemment, tu cherches un miroir qui te renvoie une description de toi-même qui te convienne… tu veux un miroir qui te rende beau. Le miroir, lorsque nos maîtres se sont regardés dedans… si tu y vois une tache ou un point noir… alors va et retire-le. Toi, tu t’es vu dans le miroir, et tu t’es mis à te caresser la peau et à peigner ta barbe. Mais non, ce n’est pas cela, le miroir. Ce miroir ne te montre que ton visage. Le vrai miroir te dévoile ton cœur et ses secrets les plus profonds.
Si Allâh nous prête vie, pars, va, fais ta vie même dix ans s’il le faut… tu reviendras jusqu’ici. Parce que tu ne peux rien faire, tu ne peux pas agir par le hâ’, excepté si tu prends le lâm. Si tu veux rester dans le hâ’, perdu, considérant que « où que vous vous tourniez : là se trouve la Face d’Allâh. »… lorsque nous on prie dans cette direction, la direction de la qibla, toi va dans ton coin et prie dans l’autre sens. Or nous avons toujours la qibla… la Ka’ba est toujours là, Dhu al-Suwayqayn n’est pas encore apparu pour la détruire. Quand la Ka’ba aura été détruite, à ce moment-là prie dans la direction que tu voudras… mais maintenant, la Ka’ba est et demeure la Ka’ba… et elle est toujours couverte d’un drap noir. Si toi tu veux hâter la venue de Dhu al-Suwayqayn, pour détruire la Ka’ba et extraire le trésor qui se trouve en dessous, et qu’on ne sache plus où est la qibla… ça, c’est ton problème. Mais pour l’instant, al-hamdulillah, la Ka’ba est toujours debout. Et le lâm al-qabd aussi.
Voilà donc la première théophanie… et il y a encore de nombreuses théophanies qui descendront relativement à ce lâm… chaque théophanie te faisant oublier la précédente… car ce cheminement (par les visions), de cette manière, je l’avais interrompu pendant un certain temps. Vous l’avez tous remarqué. Et même lui qui a parlé, il vous dira que ses visions s’étaient arrêtées depuis un moment.
Voilà, j’ai donné un coup de télécommande comme ça, parce que je ne peux plus vous faire face avec ma propre langue. Je procède donc comme cela maintenant. Et tous autant que vous êtes ici… quand je vous vois, je vois votre faute qui précède le jamâl. Ne vous croyez certainement pas purs et purifiés. Chacun d’entre vous… j’ai votre dossier. Vous vous imaginez que votre dossier est personnel et connu de vous seuls… non, le dossier de chacun d’entre vous, je le porte ici sous mon bras. Alors laisse ce dossier fermé, avant que je ne doive l’ouvrir et te le faire descendre… pas pour que tu en prennes connaissance toi-même ! Non, je vais plutôt dévoiler ta réalité à ton frère musulman ! Il verra de toi tout un tas de chose… il en écrira des livres ! Il t’humiliera, et moi je ne ferai rien d’autre qu’observer la scène. Parce qu’un miroir, ça ne parle pas. Un miroir, ça ne fait que renvoyer une image. C’est de cette manière qu’on dévoilera la réalité de celui-ci par celui-là, et de celui-là par celui-ci. Nous faisons cela avec les gens qui n’ont pas la bay’a… alors que dire de ceux qui ont la bay’a !? Soyez vigilants…
Donc, celui qui veut lire le lâm… oui, car dans le hâ’, parle, raconte que tu vois les anges… c’est normal. Tu vois les djinns, c’est normal. Tu vois une multitude de choses, normal. Dans le lâm al-qabd, soit tu vois le miroir, soit tu es à côté de la plaque. Donc si tu continues à voir toutes ces choses… c’est le signe que tu es toujours dans les tourments. De toi, nous ne voulons que l’esprit. Ni corps, ni forme, ni image.
Ici s’arrête ce que l’on pourra dire à ce sujet. L’origine du lâm al-qabd est un temps dans le temps (dahr min al-zaman)... et en ce sens : Où se situe al-Dahr dans le nom divin ?
Suhayl, parle, la théophanie du nom al-Dahr t’est parvenue.
Il se trouve au niveau du alif… mais est-ce dans le alif lui-même, ou bien derrière le alif ?
Il se trouve à droite du alif.
Lorsque tu accèdes à la lecture du alif al-muqaddar dans la hadra de la nubuwa et de la risâla, par le hâ’ al-hawiya bien sûr, et non pas dans l’absolu… c’est-à-dire que c’est comme si tu demeurais toujours confiné (muqayyad). Al-Dahr t’apparaît, et il te fait retourner au hâ al-hawiya, mais cette fois par le lâm al-qabd.
Voilà comment le miroir dévoilera ton temps de vie passée. Toi, tu t’imagines avoir une vie de 70 ans, comme nous l’avons présenté dans l’illustration précédente… alors qu’en vérité, tu as vécu depuis Adam (alayhi salâm), jusqu’à la fin des temps. Mais qu’as-tu accompli ? Allâh ﷻ a réuni en toi tous les possibles, il t’a donné les noms… à toi aussi, il t’a donné une part de jawâmi’ al-kalim. Si tu as pris cela en comprenant ce sens profond, tu en auras tirés un flux spirituel éternel. Ton temps sera long, très long : il n’aura pas de fin. Cependant, il sera condensé et résumé en 70 ans, comme le dit le Prophète ﷺ : « Les âges de ma communauté sont entre soixante et soixante-dix [26]. » soixante-dix correspondant au nombre de voiles que Allâh a établi : 70 voiles de lumière et de ténèbres. Autrement dit : lorsque tu atteins les 70, c’est comme si tu accomplissais la lecture du lâm al-qabd ou du lâm al-ma’rifa. Car lorsque tu écris lâm, c’est-à-dire un lâm (ل) avec un mîm (م), le lâm valant 30 et le mîm 40, tu retrouves bien 70. Lorsque l’individu atteint donc ces 70, il a par là-même connu son propre miroir, et alors le Vrai a de la honte ou de la pudeur (haya’) vis-à-vis de lui, comme l’affirme le hadîth[27]… et il devient, après 70, un être qui pourra intercéder en faveur d’autrui.
Quant à celui qui a atteint les 70, mais n’a toujours pas saisi le sens originel de sa vie, c’est en vérité comme s’il n’avait jamais vécu sur terre, ni goûté ni perçu quoi que ce soit. Sa vie n’aura été qu’une vie bestiale. Al-Mustafa ﷺ te donna toutes ces images, à travers ces hadiths… non pas pour faire joli, ou pour employer des formules poétiques… plutôt : c’est une révélation qui lui est inspirée. Et lorsqu’on considère que la parole de al-Mustafa ﷺ est une révélation qui lui est inspirée, on doit réaliser que c’est par conséquent comme si le Vrai s’adressait à nous directement.
Considère donc de manière lucide et éclairée ton temps passé : est-il vraiment dans le suivi scrupuleux de toute parole (qawl), acte (fi’l) et consentement (taqrîr)… ou bien t’emploies-tu plutôt à leur contradiction ?
Si tu es dans la contradiction, tu ne pourras prendre de part que dans les ténèbres du hâ’ al-hawiya. Et si tu es dans le suivi, alors tu prendras dans le mouvement de la basmala par le nom al-Muhît, par ce hâ’ al-hawiya al-‘adamiya. C’est la raison pour laquelle al-Mustafa ﷺ dit : « Toute chose d’intérêt certain qui n’a pas été initiée par bismillâhi al-rahmâni al-rahîm est amputée [28]. »
De la même manière : sois toi-même bismillâh, afin d’être dans la liaison. Car si tu es autre que bismillâh, tu seras amputé, dans la séparation. Lis donc le secret de bismillâh, observe par bismillâh, et que par la baraka de bismillâh le Seigneur illumine nos cœurs afin que nous connaissions la haqîqa de nos nafs.
[1] Sourate Fussilat, verset 53.
[2] Sourate al-Wâqi’a, versets 75 à 80.
[3] Qawâsim : lettres isolées au début de certaines sourates.
[4] Sourate al-Najm, versets 1 et 2.
[5] Sourate al-Kahf, verset 70.
[6] C’est-à-dire sujet au changement, car inhérent à la créature.
[7] Sourate Yâ-sîn, verset 39.
[8] Sourate al-Isrâ’, verset 85.
[9] Sourate al-Fajr, versets 27 et 28.
[10] Sourate al-Baqara, verset 150.
[11] Sourate al-Hadîd, verset 4.
[12] Ihrâm : pièce de tissu blanc que porte le pèlerin.
[13] Référence à sourate al-Kawthar.
[14] Sourate al-Zumar, verset 5.
[15] Sahîh Muslim.
[16] Sourate al-Duha, verset 1.
[17] Soit, en arabe, douze lettres.
[18] Référence au verset : « Lorsque le ciel se fendra et deviendra tel une rose écarlate » sourate al-Rahmân, verset 37.
[19] Sourate al-Ikhlas, verset 1.
[20] Sourate al-Tawba, verset 128.
[21] Sourate al-Chûra, verset 11.
[22] Le kâf de « ka-mithlihi« .
[23] Sourate al-Nûr, verset 35.
[24] Sourate al-Ambiya’, verset 104.
[25] Taharrara, libérer, renvoyant à la racine arabe du nom de la grotte (hira).
[26] Rapporté par al-Tirmidhiy.
[27] « Certes, Allâh éprouve de la pudeur envers le musulman âgé, lorsqu’il est droit et s’attache fermement à la sunna, à ce qu’il invoque Allâh et qu’Il ne lui accorde pas ce qu’il demande. » al-Tabarâniy, al-mu’jam al-awsat.
[28] Rapporté par al-Tirmidhiy.