Mourrez avant de mourir

بسم الله الرحمن الرحيم
و الصلاة و السلام على أشرف المرسلين
و على اله و اصحابه أجمعين

Mourrez avant de mourir

Le Prophète ﷺ dit : « Les gens sont endormis : lorsqu’ils meurent, ils s’éveillent. »

Et d’une manière générale, on pourra considérer que l’univers tout entier se distingue selon deux états de perception : l’insouciance (ghafla) et l’éveil (yaqadha). Et au travers de la Connaissance mystique, on parvient petit à petit à réaliser que l’éveil est insouciance, et que l’insouciance est éveil.
En ce sens certainement, sayiduna al-Hallâj (quddisa sirruh) disait en ces vers :

Ma mort se trouve dans ma vie
et ma vie se trouve dans ma mort.

Allâh ﷻ dit : « C’est Lui qui vous a désigné la nuit pour que vous vous reposiez en Lui, et le jour pour vous permettre d’être clairvoyants. En cela se trouvent bien des signes pour les gens qui entendent ! » [s10.v67].
Il fit ainsi de la nuit un état de soukoûn, c’est-à-dire de plénitude au travers de la contemplation de Sa Lumière, afin de nous permettre de nous débarrasser de la considération de tout autre que Lui. Comme nous le répétons souvent : « Nous sommes les enfants de la nuit (layla) »… c’est-à-dire que, dans un sens, nous sommes des gens qui profitons de la nuit pour nous débarrasser de tout autre que Lui, ou selon une autre compréhension, nous sommes les amants de Layla, éperdus et errants dans l’Océan de l’Essence divine.
Et Il fit ﷻ du jour un état second sensé nous permettre de mettre en application les enseignements reçus durant la nuit. Le Prophète ﷺ dit : « Transmettez de moi ne serait-ce qu’un Signe (ayah) » [al-Boukhâriy]. Et quel signe plus grand, quel privilège plus immense que celui de la vision de son Esprit de Lumière ﷺ ?
Il s’agira donc pour toi, ô mourid, de travailler tes journées à la révélation de ta mouchâhada de la nuit.

La nuit est le moment le plus propice pour s’exercer à la Présence divine, débarrassé de tout autre que Lui… car la nuit, particulièrement dans ses dernières heures avant le fajr, est exempte de toute fitna nous venant du monde extérieur. Quant au jour, il nous a été prescrit afin que nous en profitions pour diffuser les inspirations célestes perçues durant la nuit.

Allâh ﷻ dit : « N’avons-Nous pas désigné votre sommeil pour votre repos, et fait de la nuit un vêtement, et assigné le jour pour les affaires de la vie ? » [s78.v9/10].

Ici, le sommeil fut prescrit pour être un repos, mais pour le corps uniquement, car le sommeil du gnostique (‘Arif) est une adoration, et en réalité il ne dort jamais.
Comment ?
Avant de dormir, après avoir fait ses ablutions, prié deux rak’at et récité les trois dernières sourates conformément à la Sunna… le ‘Arif se couche sur le côté droit, en direction de la Qibla, et s’adonne à la pratique du dhikr. Il visualise ainsi la Lumière divine Se manifestant à l’œil de son cœur, il la voit grandir et se rapprocher, jusqu’à plonger dedans, et ce n’est que lorsqu’il sera entièrement baigné de Lumière divine que le sommeil viendra l’emporter. Et lorsqu’il se réveille le matin, il se trouve exactement dans le même état que celui de la veille, baigné de Lumières célestes. Dès lors, comment le sommeil d’une telle personne pourrait-il être considéré comme un état d’insouciance (ghafla) ?

« et fait de la nuit un vêtement », c’est-à-dire un voile qui vous cache de la considération du monde physique et de tout ce qui vous cerne en dehors de Lui. C’est ainsi durant la nuit que l’on parvient aux degrés de contemplation (mouchâhada) les plus épurés.

« et assigné le jour pour les affaires de la vie », il s’agit ici de la Vie des Esprits vivifiés par la nuit, qui travailleront à la diffusion des trésors accumulés pendant leur dhikr. Cette diffusion, ou cette da’wa, ne se limite pas à ce que ta langue pourra dire à untel ou untel… Il ne s’agira pas d’aller voir ton voisin et lui parler de Lumière. Non, plutôt il s’agit ici d’un effort à exercer de toi-même et sur toi-même. Comme les gens d’Allâh l’ont dit avant nous, tu te dois de Le voir en toute chose… Tu te dois de revoir la journée exactement ce que tu as vu pendant la nuit.

C’est de cette manière qu’une journée passée dans l’insouciance (ghafla) naissante des interactions avec le monde physique, finit par devenir une journée d’éveil (yaqadha)… et que le sommeil de la nuit, s’il est accompli de la meilleure des manières, permet au ‘Arif de mener une nuit d’éveil.

Le Shaykh de nos Shouyoûkh, sidi Ahmad al-‘Alawi (quddisa sirruh) dit :

Le sommeil du ‘Arif est une adoration
Que dire alors de son état lorsqu’il prie ?

Ton jour devient alors nuit, ta nuit devient jour, et tu te vois directement concerné par la Parole du Bien-Aimé ﷺ : « Je vous ai certes laissé sur la Voie Blanche (al-mahajjat al-bayda) : sa nuit ne diffère pas de son jour, et ne s’en écarte après moi qu’une personne vouée à la perdition. » [ibn Mâjah].

Allâh ﷻ dit : « Celui qui était mort, que Nous avons ramené à la Vie en lui assignant une Lumière par laquelle il marche dans les gens ; est-il semblable à celui qui est plongé dans les ténèbres sans pouvoir en sortir ? » [s6.v126].

Par ce verset hautement explicite, nous notons que la mort est caractérisée par les ténèbres, tandis que la Vie est par la Lumière. Cependant, sache que la Vie n’est en aucun cas accessible sans un passage préalable par la mort.
Tant que tu es ténèbres, ne dis pas que tu connais le sens de la Vie… et si le Vrai ﷻ t’a effectivement attribué une Lumière, ce ne doit pas être une Lumière que tu vois uniquement au cours de la nuit qu’Il ﷻ a établi « pour votre repos » [s78.v9] … mais bel et bien une Lumière que tu vois et que tu contemples durant ta journée, car Il évoque bien « une Lumière par laquelle il marche dans les gens » [s6.v126], soit pendant le jour. C’est à ce moment-là, et seulement à partir de là, que tu pourras t’estimer avoir goûté au véritable sens de la Vie. Quant à celui qui n’a pas réalisé cela, il est et demeure dans un état de mort.

Le cheminant ainsi Vivant par la Lumière d’Allâh marchera ainsi dans les gens, c’est-à-dire à la manière de sayidina Mu’âdh ibn Jabal (radiAllâhu ‘anhu) qui un jour décrivit son état de foi au Messager d’Allâh ﷺ : « C’est comme si je voyais le châtiment des gens de l’Enfer ainsi que la récompense des gens du Paradis. »
Ou encore à la manière de sayidina Hâritha (radiAllâhu ‘anhu), lorsque le Messager d’Allâh ﷺ lui demanda : « Comment te portes-tu ce matin ô Hâritha ? » Il répondit : « Je suis devenu un véritable croyant. » Il dit ﷺ : « Attention à ce que tu dis : à toute Vérité son authentification ! » Il répondit : « Ô Messager d’Allâh, je suis las de ce bas monde, je me prive de sommeil la nuit et de boire la journée… c’est comme si le Trône (‘Arch) de mon Seigneur m’apparaissait clairement, et c’est comme si je voyais les gens du Paradis s’y rendre visite, et les gens de l’Enfer y imiter l’aboiement des chiens (y gémir de douleur)… ».

Voilà donc le sens véritable de « marcher dans les gens » par la Lumière divine, ou l’indicateur du fait que le cheminant est véritablement parvenu à un état de Vie. Il marche dans les gens, c’est-à-dire qu’il voit clairement le degré spirituel de chacun. Il voit les gens de l’Enfer et les gens du Paradis tels qu’ils sont réellement, c’est-à-dire après que le voile leur soit ôté par la mort naturelle et inévitable.

Et si en revanche ces gens sont eux aussi des Vivants par la Lumière divine, la « marche » en eux devient « Lumière sur Lumière » [s24.v35] : lorsque l’un parle et évoque les sens profonds, il est entendu d’une oreille qui perçoit ces sens et il reçoit une réponse elle aussi Lumineuse. Lorsque deux personnes se rencontrent ainsi, ce sont en réalité deux Noms divins qui se rencontrent et se reflètent l’un l’autre tels des miroirs : « Le croyant (al-Moumin) est le miroir de son frère ».

Al-Moumin est un Nom d’entre les Noms connus d’Allâh ﷻ, et lorsque deux hommes ayant atteint la Réalité de ce Nom se rencontrent, ils en deviennent des miroirs l’un pour l’autre.

Concrètement, la mort volontaire, ça se passe comment ?

Prenons tout simplement l’exemple d’un ouvrier qui travaille très dur, qui multiplie les heures supplémentaires et s’impose un rythme de vie extrêmement difficile. En le voyant, certains le plaindraient et auraient mal pour lui… quant à l’ouvrier lui-même, si de fait la tâche n’est pas aisée, il oublie la difficulté en pensant au but pour lequel il travaille : la paye de la fin du mois qui lui permettra de réaliser telle et telle chose. Et le jour où il touche enfin son salaire, il oublie d’un seul coup la fatigue et tous les efforts fournis pour y parvenir… parce que ça en valait vraiment la peine.

Et bien il en est de même pour le mourid. Au début il est attendu de lui qu’il fournisse un certain nombre d’efforts : du dhikr, lecture du Coran, prière, jeûne, diminution du temps de sommeil, etc… de façon à ce que sa Lumière grandisse et s’affermisse en lui. Et c’est là que débute la mort, ou l’introduction à la véritable Vie : lorsque, durant ton dhikr, tu plonges dans la contemplation de la Lumière et tu oublies l’effort d’adoration que tu es en train de produire. Tu fais alors apparaître la Lumière en toute chose : il s’agit là du degré des débutants dans la Voie, ceux qui voient la chose, puis se concentrent afin de retrouver la Haqîqa de cette chose, et alors la Lumière divine leur apparaît. Quant aux cheminants plus avancés, ils parviennent à voir la Lumière avant toute chose, de sorte qu’ils ne sont ainsi jamais voilés de la Haqîqa de ce qui les cerne.

Et sache que ton degré de Vie par Allâh sera toujours à la mesure et en fonction de ton degré de mort, ou d’effacement de toi-même.

Maintenant considérons attentivement le Hadîth très connu chez les soufis et que rapporte notamment al-‘Ajlouniy dans son Kashf al-Khafa :
Le Prophète ﷺ dit : « Mourez avant de mourir »
Méditez et prenez bien note de la tournure de ces mots… car dans ce Hadîth, il n’est pas question de choix : les termes employés indiquent très clairement un ordre. Voilà donc que la mort volontaire (ikhtiyariy) deviendrait en réalité obligatoire…
Evidemment, obligatoire pour ceux qui Aiment sincèrement Allâh. Quant à ceux que la simple mention du mot « mort » rend malade, ceux-là ne sont naturellement pas concernés. La recherche de cette mort-là est strictement réservée aux gens qui aiment véritablement Allâh et Son Prophète ﷺ.

Mais qu’est-ce que la mort, concrètement ?

La mort, c’est tout simplement le passage des sens de l’être humain depuis le domaine du dhâhir (apparent, exotérique) vers le bâtin (caché, ésotérique).

Lorsque quelqu’un meurt physiquement, les gens qui se trouvent autour de lui le voient, le touchent, lui parlent… quant à lui, il n’entend rien de ce qu’ils disent, parce qu’il se trouve dès lors dans un autre monde, dans une autre réalité.

C’est exactement la même chose avec le mourid ayant réalisé ce maqâm. On peut ainsi voir un disciple pratiquer le dhikr tandis que d’autres gens sont juste à côté en train de parler. Ces gens le voient assis en silence, et ils pensent qu’il est en train de faire du dhikr… car effectivement c’est à cela que nous avons été habitués : quand on voit quelqu’un assis en tailleur, dans la direction de la qibla, on sait qu’il est en train de faire du dhikr. Pourtant, si ce mourid est véritablement parvenu à ce degré de mort, sa langue elle-même est devenue immobile. Les gens autour parlent à haute voix et rient, peut-être même de lui… mais il n’entend pas un mot de ce qu’ils disent. C’est-à-dire qu’il est véritablement, en cet instant, comme mort.

C’est ainsi donc que la pleine mort volontaire (ikhtiyariy) est en quelque sorte une introduction à la mort naturelle et contrainte (idtirariy). Ce n’est pas pareil car ton corps demeure tel quel, cependant il est complètement inanimé et entièrement insensible à tout ce qui peut se passer autour de lui… au point même que, dans un tel état, si le mourid était amputé d’un doigt, il ne le sentirait même pas !

En ce sens il est connu du grand Tabi’i ‘Urwa ibn az-Zubayr (radiAllâhu ‘anhu) que la gangrène affecta un jour sa jambe et qu’on dût la lui amputer. Les médecins lui proposèrent une boisson enivrante afin de pouvoir limiter la douleur, ce qu’il refusa. Il leur demanda simplement de le laisser prier, et de lui couper la jambe alors qu’il se trouverait en soujoûd. Et les médecins s’exécutèrent, sans qu’il ne montra jamais le moindre signe de douleur…

Il en est ainsi de la mort volontaire (ikhtiyariy), au travers de la mouchâhada. Tout d’abord le disciple la confond avec son imagination… puis il se rapproche, plonge dedans un peu plus, et à la mesure de son degré de mort, il revit par Allâh ﷻ… jusqu’à traverser le temps et l’espace, voir des choses extraordinaires et complètement inimaginables, voyager de peut-être 1000 ans en arrière… et tout ceci en l’espace d’un clin d’œil. Son voisin assis juste à côté le voit en train de faire du dhikr, et en ce qui lui parait être une demi-seconde, le dhâkir parcourt et vit peut-être des milliers d’années.

Allâh ﷻ dit : « Il n’est rien dont Nous n’ayons les réserves (khazâ’in), et Nous ne le faisons descendre que dans une mesure déterminée » [s15.v21]

Selon une conception superficielle des sens de ce verset, nous pourrions en comprendre qu’il s’agira d’accomplir des causes, par exemple sortir de chez soi et aller travailler, et alors nous en recevrons les effets : alors Allâh subviendra à notre subsistance.
Mais la compréhension plus approfondie qui intéressera ici le disciple, c’est celle qui exige que l’on ne considère les khazâ’in comme n’étant pas extérieure à notre propre être… il s’agira donc pour le cheminant de réaliser que les khazâ’in ce sont ses propres membres et les organes constituant son corps.

Et si tu parviens à réaliser que tout n’est que néant (fana), et que la seule chose qui existe c’est ce qui découle des khazâ’in, alors tu verras ces khazâ’in se manifester à toi en mouchâhada… voir peut-être même dans le monde physique !

Et c’est pourtant cela même qui se produisit lors de la nuit de l’Ascension du Bien-Aimé ﷺ. Certains s’imaginent que ce fut à l’image d’une mission de la Nasa… Mais non ! Lorsque le Bouraq est venu le prendre, il n’est pas venu depuis un lieu extérieur à lui-même ﷺ ! Tu diras : oui, mais selon les narrations, il n’était pas là physiquement !
Effectivement, il n’était pas là ! De même que toi aussi, si tu parviens à mourir dans la contemplation de la Lumière divine, à un niveau suffisant, tu perdras toute perception physique du monde qui t’entoure… et dès lors, tu ne seras plus là toi non plus. On pourra alors te sectionner un membre, et tu ne le sentirais même pas.

Comprends les choses comme elles doivent l’être… cette nuit-là, en approchant de Jérusalem, le Bien-Aimé ﷺ se fit effectivement voir d’une caravane qui passait… Donc on peut considérer qu’il s’y trouvait bel et bien, physiquement. Mais plus tard, lorsqu’il entra dans la mosquée sacrée de al-Aqsa, pourquoi personne ne l’y a vu ?
Ne s’y trouvait-il personne à ce moment-là ? Bien sûr que si ! De même que pour la mosquée sacrée à la Mecque, il y a toujours eu des gens… et ces gens ne se sont pas subitement mis d’accord pour faire place au Prophète ﷺ, quitter les lieux afin de le laisser diriger la prière devant tous les Prophètes et Messagers… Mais plutôt, comprends que le Bien-Aimé ﷺ s’est montré et a fait acte de présence physique à qui il voulait, et qu’il est resté caché de qui il voulait.
Mais ceci, tu ne pourras vraiment le comprendre que par la maîtrise du Fasl et du Wasl…

Si le mourid réalise pleinement le fana, et s’il quitte le néant pour la persistance (baqa), il accède alors à une partie des khazâ’in… pas tous, mais une partie. Et c’est alors que tu réaliseras que tes membres physiques ne sont en réalité que des serviteurs de ces khazâ’in… et que tu comprendras et goûteras au véritable sens de la Vie. Allâh ﷻ dit : « Et lorsque tu lançais, ce n’est pas toi qui lançait, mais c’est Allâh qui lançait. » [s8.v17].

Quant à celui qui se voit lui-même ainsi que les choses du monde qui le cerne sans y voir les khazâ’in, celui-là est un insouciant, plongé dans un état d’éloignement profond du divin. Car en réalité, la chose n’est pas éloignée des khazâ’in, et les khazâ’in ne sont pas éloignés de la Proximité divine, et la Proximité n’est pas éloignée de l’Essence.

« N’ont-ils pas médité en eux-mêmes ? Allâh n’a créé les cieux et la terre et ce qui est entre eux qu’à juste raison (par al-Haqq) et pour un terme fixé. Beaucoup de gens cependant ne croient pas en la rencontre de leur Seigneur. » [s30.v8].

Lorsque tu te vois faire quelque chose… est-ce toi qui agis, ou bien l’image de toi-même ?
Si c’est toi qui fais, comment et par quel procédé agis-tu ?
Et si c’est elle, comment et par quel procédé agit-elle ?

De la plongée dans ces questions, t’apparaîtront les nawâmis divines fluant et soumettant la création toute entière à la Volonté et à la Toute-Puissance divine. Et ce sont ces nawâmis que l’on désigne ici comme étant les khazâ’in  du Vrai (al-Haqq).
Alors tu découvriras les Talâsim selon lesquels les créatures se révèlent en tant que telles, tu sauras comment contrôler le monde physique et le changer à ta guise, tu sauras traverser l’espace-temps : passer d’un endroit ou d’une époque à une autre…

De là, sayiduna al-Hallâj (radiAllâhu ‘anhu) dit : « Celui que vous adorez se trouve sous mes pieds, et je suis Allâh. »
Ceci ne veut pas dire que Allâh a une forme, et que cette forme c’est al-Hallâj… mais il faut avoir les moyens de comprendre. Il s’est entièrement oublié et a complètement disparu de lui-même à lui-même. Son entité est alors apparue dans une autre dimension, et il découvrit que le lien entre ces deux dimensions provenait justement des nawâmis. Il a su déceler l’emplacement de ces nawâmis, et c’est ainsi qu’en se connaissant lui-même, il Connût son Seigneur. Comme nous l’affirme le Hadîth : « Celui qui se connait lui-même, Connait son Seigneur ».
Et c’est alors qu’on le prit à crier dans les marchés : « Sauvez-moi d’Allâh ! ».

Toi, tu dis que al-Hallâj a dévoilé des Secrets, qu’il a été submergé par l’état de ravissement spirituel… Mais étudie toi ce que al-Hallâj a étudié ! Chemine comme al-Hallâj a cheminé ! Fais la Hijra comme l’a fait al-Hallâj ! Fais le Tawâf autour de la Ka’ba comme l’a fait al-Hallâj, pendant une année et en état de jeûne… et après, viens nous donner tes critiques et tes compréhensions de la mystique de al-Hallâj.

Tu veux parler de la Revivification des Sciences de la Religion, tu veux être comme l’Imâm al-Ghazâli ? Et bien chemine comme l’Imâm al-Ghazâli ! Va en marchant pieds-nus ! Vas éprouver ta nafs et te rabaisser dans les marchés ! Porte le vêtement rapiécé ! Délaisse ton assise de science, quitte ta mosquée et tes hautes fonctions… sois comme al-Ghazâli et après viens nous parler de al-Ghazâli. A ce moment-là nous t’écouterons avec grand plaisir.
Mais toi tu nous parles de al-Ghazâli simplement parce que tu as lu Revivification des Sciences de la Religion… et bien sache que tu n’as fait que lire la goutte qui est tombé de son Qalam… à un moment où il était plongé dans l’insouciance (ghafla) !
(car le Point doit se trouver au-dessus du Alif)

« Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela, al-Haqq. » [s41.v53]
Ici, Allâh ﷻ nous renvoie à nous-mêmes (nos propres nafs) et à l’univers, nous montrant qu’il s’agit là de deux réalités parallèles.
Quand tu regardes l’univers, tu y trouves des étoiles, des lunes et des soleils… et tu te dis que cette création a forcément un Créateur. Et c’est alors à la mesure de ce que tu auras pu percevoir et cerner de tes yeux que tu connaîtras ton Créateur.
Puis le Vrai ﷻ nous retourne à nous-mêmes, pour que nous sachions et réalisions pleinement qu’il n’est pas un seul atome dans cet univers qui ne se trouve pas en toi-même. Et celui qui parviendra à cela, il parviendra à la Connaissance du Créateur ﷻ. Voilà pourquoi je vous enseigne et vous répète sans cesse de ne pas sortir de la considération de vous-mêmes, de vos propres entités… pour ne pas vous fatiguer et pour vous faciliter le cheminement. Parce que si tu sors de toi-même et te mets à rechercher dans l’univers, tu vas avoir besoin d’énormément de temps… alors qu’en toi-même tout est plié et à disposition. Il te suffit de veiller ta nuit dans le dhikr, habité par un désir ardent, et tu accèderas à cette connaissance de l’univers en un temps extrêmement court.

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