Allâh pardonne tous les péchés

أعوذ بالله من الشيطان الرجيم
بـسم الله الرحمن الرحيم
بـسم الله الرحمن الرحيم بـسم الله الرحمن الرحيم
بسم الله بسم الله
بسم الله
الله الله الله
ولا حول ولا قوة إلا بالله

Résumé de l’assise du 25 Septembre 2015 / Jumu’a 11 Dhul Hijja 1436 [Partie 1] :

Pour débuter ce qui sera le deuxième cours du lâm al-qabd, Allâh dit dans le Coran… et il s’agit-là d’un verset dont la théophanie est dernièrement parvenue à une disciple de Tunisie, en espérant qu’elle soit attentive à ce cours, afin de tirer la compréhension de ce qu’elle a vu.

Allâh ﷻ dit : « Tâhâ. Nous n’avons point fait descendre sur toi le Coran pour t’affliger. » [1] La faqira a donc vu ce verset inscrit sur sa jambe, et de cela elle a reçu la bonne nouvelle d’un cheminement qu’elle accomplira dans la présence de son prophète. Et nous implorons Allâh de nous placer dans le suivi et la conformité à Tâhâ, et de ne jamais être affligé par l’affliction de nos nafs, ô plus miséricordieux des miséricordieux.

« Tâhâ. Nous n’avons point fait descendre sur toi le Coran pour t’affliger. » : Nous ne nous sommes pas manifestés à toi par la réunion essentielle (jam’ al-dhâtiy), apparent par le discernement (furqân) de ce qui apparaît de l’existence relative aux noms et attributs divins, pour que tu sois affligé, aux yeux de ton existence. Plutôt, ton existence n’est qu’une existence de miséricorde pour la diffraction (farq) de toi-même, permettant son retour à la hadra de la réunion (jam’) de toi-même. Voilà donc ce que voulut Allâh ﷻ, afin que lorsque descendraient farq al-bayân, la théophanie des attributs, la manifestation des noms ainsi que les mouvements des actes, Son prophète et messager ne soit pas affligé par une vision de farq, mais que plutôt, par cette vision, il retourne toujours au flux subtil de la hadra du jam’. C’est dès lors qu’il sera Tâhâ, et que « à Lui (lahu) le moulk des cieux et de la terre. » [2]

Quant à l’affliction (al-chaqâ’), elle te revient à toi, tout simplement parce que c’est de toi-même qu’elle provient. Ce malheur, ou cette affliction, si tu la considères du point de vue du jam’, elle provient de toi-même, de même que tout provient de toi-même, tout se trouve en toi-même, tout est pour toi-même, tout est toi-même : tu es la réunion du Tout. Allâh ﷻ dit en effet : « Et Allâh ne les châtiera point alors que tu te trouves en eux. » [3] c’est-à-dire : alors que tu es celui qui habite en eux, avant ton avant, et après ton après. Il est à la fois le premier et le sceau des prophètes. Il est la première des créations, avant-même que le Créateur ne crée la création, et il est et demeure apparent jusqu’à la disparition totale de cette création. Il est apparent (dhâhir) et il est occulté (bâtin). Si donc l’affliction (al-chaqâ’) ou le châtiment (‘adhâb) devaient les toucher, ce mal te serait retourné à toi, car tous furent créés de ta qabda [4], ou de ta lumière. Ainsi, Allâh ne voulant d’aucune manière te châtier, et ne voulant voir en toi la moindre once d’affliction, tous furent inclus dans ta miséricorde, ta miséricorde qui englobe toute chose.

« Dis : Ô vous mes serviteurs qui avez commis des excès contre vous-mêmes, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allâh, car Allâh pardonne tous les péchés ! » [5] Dis, ô Muhammad ﷺ, par la langue de l’absolu divin, établie par la quintessence de ton être, qui est l’essence absolue et la hawiya qui submerge entièrement l’âme (al-hawiya al-mustaghraqa) : ô vous mes serviteurs !

Si tu retournes au hâ’ al-jam’, et plus particulièrement au markaz de cette hawiya, tu le verras alors en tant qu’entité absolue, tandis que son essence correspond à tes serviteurs, véritablement. Ajoute à cela ta propre personne, si tu saisis cette haqîqa qui ne comprend ni métaphore, ni allégorie, ni analogie (tachbîh), et ce en t’effaçant à toi-même et en ne demeurant plus que par ton Seigneur. Alors effectivement, dis : « ô vous mes serviteurs. », dans un sens évidemment absolu (itlâq) et en aucun cas confiné (taqyid). « ô vous mes serviteurs qui avez commis des excès contre vous-mêmes », littéralement, contre vos propres nafs, ce qui renvoie en vérité à la nafs primordiale, al-nafs al-jâmi’a, la nafs unique, à partir de laquelle Allâh ﷻ nous a tous créés. « ne désespérez pas de la miséricorde d’Allâh » qui vous a considérés en plus de lui-même, par Sa parole « ô mes serviteurs »« ne désespérez pas de la miséricorde d’Allâh, car Allâh pardonne tous les péchés. », quelle que soit la nature de ce péché : mécréance (kufr), sacrilège, transgressions en tout genre… Allâh a tout pardonné, d’un pardon global et général, sans omission ni exception. « Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même la miséricorde. » Il S’est prescrit, dans le sens de « Il S’est Lui-même juré de ». Lorsque Allâh ﷻ prescrit quelque chose pour autrui, cette prescription est immuable. S’il décrète que tu fais partie des heureux (sa’id), tu seras heureux. Quoi que tu fasses, tu ne pourras en aucun cas devenir malheureux (chaqiy). Et à l’inverse, s’Il décrète pour toi que tu es malheureux (chaqiy), tu l’es et tu le resteras quoi qu’il arrive, quand bien-même tu prierais et jeûnerais chaque jour de ta vie. Ce que Allâh prescrit ou décrète pour autre que Lui est absolument immuable… que dire donc de ce qu’Il Se prescrit à Lui-même ?

« Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même la miséricorde.» [6] c’est-à-dire Allâh, Celui qui réunit (al-jâmi’) l’ensemble des théophanies dirigées aux serviteurs, en fonction de ce qu’ils sont, Il est le Pardonneur (al-Ghafoûr), Celui qui couvre (al-Sâtir) tout ce qu’il peut y avoir d’ignoble et répugnant, par l’absolue beauté originelle de Son essence. De fait, « Allâh est beau (jamîl) et Il aime la beauté. » [7] Sa beauté flue, de manière subtile, et malgré qu’on ne la voie pas… vraiment, elle est visible ! Malgré que l’être humain ne la perçoive pas, en raison de l’opacité de son insouciance (ghafla)… le jour viendra où se dressera son Qiyâma, et alors il la percevra.

Sa beauté flue subtilement dans l’ensemble des réalités ésotériques (haqâ’iq) de tous les états de ce qui peut être (chou’oûn), et tous ces états n’étant autre que Lui-même (‘aynuh), Il n’a jamais aimé que Sa propre beauté. Il est très miséricordieux (rahîm) envers Lui-même, au travers de tout ce que peut toucher la miséricorde. « Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même la miséricorde. » [8] et selon un hadîth : « Certes, Ma miséricorde l’emporte sur Mon courroux. » si le malheur (chaqâ) finit par fléchir, c’est par la grâce de Tâhâ, al-Mustafa ﷺ. C’est-à-dire que c’est la beauté miséricordieuse de Tâhâ. Parmi les gens, se trouvent donc des heureux et des malheureux. Mais si tu retournes à la réunion (jam’iya) de Tâhâ, soit vers le markaz du hâ’, tu ne trouveras là ni heureux (sa’id), ni malheureux (chaqiy).

Comment accomplir ce retour au markaz ?
Il faut pour cela que tu oublies, que tu parviennes à faire totalement abstraction, d’une part de ton bonheur dans les jardins de ton paradis, et d’autre part de ton malheur dans les flammes de ton enfer. Si tu parviens à faire abstraction de la vision, ou de la considération de ce qui se distingue (farq) [9], et si tu reviens à la vision réunissante (jam’iya) de Tâhâ, alors tu deviendras du nombre de ceux sur qui Allâh et les anges ont prié. Parce que Tâhâ, Allâh a certes prié sur lui. Et pour que cette prière soit une prière véritable, sans omission ni manquement ni négligence, il lui fut ajouté : « ainsi que sur sa famille. »
En effet, dans la salât ibrâhîmiya : « Ô Allâh prie sur Muhammad ainsi que sur la famille de Muhammad, de même que Tu as prié sur Ibrâhîm ainsi que sur la famille de Ibrâhîm. »

C’est-à-dire que lorsque tu dis « ainsi que sur la famille de Muhammad »… ici, nous entrons dans la deuxième partie de ce cours, dans laquelle tu découvriras le sens de ce lien (sila), comment accomplir le retour au lien véritable (al-sila al-haqiqiya), et qui sont les véritables ahl ul-bayt… ceux pour qui la vision de réunion dans le markaz du hâ’ est inexorable. Ils ont fait totalement abstraction du bonheur (sa’âda) et du malheur (chaqâ’), car la vision ou la considération du bonheur ou du malheur ne peut se faire qu’au travers des yeux de la distinction (farq). Quant à la vision par l’œil (‘ayn) de l’unicité et de la réunion (jam’iya) elle voit bien au-delà des jardins du paradis et des flammes de l’enfer. Plutôt, si tu entrais avec cette ‘ayn dans le Feu, tu l’éteindrais. Et si tu entrais avec cette ‘ayn dans le paradis, tu l’anéantirais. Ne demeurerait que la ‘ayn de al-Rahmân.

Ceci est le secret de Sa parole ﷻ : « Et ton Seigneur te donnera, jusqu’à ce que tu sois satisfait. » [10] Dans la vengeance de coercition (jalâl), le jalâl pénètre le jamâl de l’essence, par le chas de l’aiguille. C’est-à-dire que cette beauté essentielle et prééternelle, cette source (‘ayn) de beauté sans commencement ni fin, qui est telle que tu ne peux ni la décrire, ni même en donner une indication… effectivement, elle disparait, à l’image du chameau (jamal), malgré sa grandeur, dans le chas (‘ayn) de l’aiguille. Grâce à quoi ? Grâce au flux subtil, grâce à son retour vers la haqîqa du markaz, par ta réalisation de l’état d’abstraction de toi-même, de ton être, de ton intellect, de ta pensée, de ta nature… à ce moment-là, l’homme est effectivement en mesure d’embrasser ce flux subtil, il est capable de percevoir la beauté de l’essence… comment ? En percevant comment ce jamâl flue dans les noms et attributs divins.

Toujours, nous répétons que lorsque l’essence (al-dhât) se manifeste, les noms, les attributs et les actes en deviennent voilés. Cependant, en ce qui concerne « huwa huw », non. C’est différent. Leur flux (sarayân) demeure latent (bâtin) dans ce qui est en tant que nom, attribut ou acte. C’est-à-dire donc que ce flux subtil de l’essence prééternelle et de la beauté absolue (al-jamâl al-itlâqiy)… il est effectivement passé par le chas de l’aiguille, et c’est donc comme s’il était devenu confiné (mouqayyad)… astaghfirullâh pour cette vulgarisation… comme s’il était devenu confiné, dans un nom d’entre les noms, ou dans un attribut d’entre les attributs… bien qu’en réalité, il est et demeure éternellement dans un état absolu et illimité. Sa limitation (taqyid) n’est que pour que tu sois en mesure de saisir, de comprendre et d’accepter cette ‘ayn, jusqu’à ce que tu voies par son œil (‘ayn), et que dès lors tu voies le Vrai (al-Haqq) par l’œil (‘ayn) du Vrai ; jusqu’à ce que tu connaisses le nom du Vrai (ism al-Haqq) par le nom du Vrai ; jusqu’à ce que tu connaisses le statut (hukm) du Vrai par le statut du Vrai… tout ceci en état de total abstraction de toi-même, de ta personne, de tes actes, de tes caractéristiques.

Disions-nous, ceci est le secret de Sa parole ﷻ : « Et ton Seigneur te donnera, jusqu’à ce que tu sois satisfait. » [11]  Allâh a ainsi établi Lui-même (‘aynuh), par « huwa huw », soit « lahu », tel que « A lui (lahu) le moulk des cieux et de la terre. » [12] Reviens donc, par ses cieux, par ses terres, par son moulk, jusqu’à lahu, et tu connaitras la signification véritable de « huw », au-delà du son qui sort de ta bouche.

Al-Bâtin est absolu (moutlaq) dans sa divinité (oulouhiya), c’est (huwa) huwa al-Dhâhir, par Muhammad ﷺ, dans sa servitude (‘ouboudiya). Le messager d’Allâh ﷺ dit : « Je suis le sayid des gens, au Jour dernier (yawm al-qiyâma). » C’est lorsque l’individu meurt que se dresse son qiyâma, que sa mort soit naturelle et inéluctable, ou initiatique et inhérente à l’élévation spirituelle.

Comme nous le rappelons toujours, la mort naturelle est une mort obligatoire, la mort par laquelle tout individu devra passer, et à laquelle nul ne peut échapper. Quant à la mort initiatique, ou mort volontaire, c’est l’ensemble de ces efforts que tu fournis sur toi-même, cette quête intérieure que tu mènes. Lorsque survient cette mort, l’individu voit se dresser son qiyâma : c’est-à-dire qu’il voit tout ce qu’il a accompli par le passé, et tout ce qui l’attend à l’avenir. Cette mort… alhamdulillah, chaque être humain peut y goûter.

Laissez-moi vous raconter une histoire.
Moi-même, par le passé, j’ai fait une tentative de suicide. Et effectivement, je me suis suicidé. Vous tous ici présents, vous avez fourni des efforts afin de savoir si effectivement, vous étiez enfin parvenus à saisir le véritable sens de la mort… Par Allâh, quel que soit votre degré de connaissance de la miséricorde divine, aucun d’entre vous n’a jamais goûté à la parole « astaghfirullâh » comme je l’ai goûtée.

Il y avait dans mon ventre 100 doses de poison… exactement au nombre des perles d’une sobha. Ce ne sont pas des histoires… c’est un récit authentique, que tous les gens de ma famille connaissent. Et pour aller plus loin dans le détail… celui qui m’a donné la bouteille de jus de fruit dans laquelle j’ai pu faire le mélange, évidemment sans qu’il ne sache ce que j’allais en faire… c’est mon frère cadet, Abdullah, qui est ici présent ce soir, et qui à ce moment-là n’était encore qu’un enfant.

Lorsque je l’ai avalé, lorsque le poison se trouvait dans mon ventre… j’ai prié deux rak’at, dans la mosquée, les mains sur le ventre. J’avais pris la peine d’écrire un mot sur un papier, afin que personne ne soit incriminé autre que moi-même. J’ai laissé ce papier dans un endroit de manière à ce que mon père, lui aussi présent à mes côtés ce soir, tombe dessus et le lise…

C’est-à-dire que j’ai goûté à la mort, dans le véritable sens du terme. Je suis véritablement mort, durant trois jours et trois nuits… bien que l’air continua de circuler en moi. Cette mort était une mort volontaire, une mort que j’ai moi-même choisie. Ce n’est pas une mort que je dois à qui que ce soit.

Avec ce poison dans le ventre, j’ai accompli la prière du ‘asr, à la mosquée, et trois jours plus tard, je me suis réveillé, le vendredi, au son du premier adhan de la prière du joumou’a. A ce moment-là… par Allâh, j’ai véritablement su que le Vivant, le Subsistant par Lui-même (al-Hayy al-Qayyoûm), c’est mon Seigneur… quand bien même vous le répéteriez quant à vous mille fois, si cela vous chante…

Parce que toi, quand tu fais une lecture, une récitation, ou un wird déterminé… tu dis « astaghfirullâh », ou tu dis « la ilaha illa Allâh »… ou bien, lorsque tu fais la Hadra… et que tu penses à ta femme, ou à ton travail, ou à la dernière affaire que tu as faite au marché… tout en répétant « al-Hayy », évidemment sans manquer de scruter le moindre mouvement de chaque participant à cette Hadra, pour pouvoir juger entre celui qui la fait bien et celui qui fait n’importe quoi…
Reviens plutôt, cherche, étudie la science du nom al-Hayy ! Reviens vers ce serviteur faible [13], c’est lui qui t’enseignera ce que veut dire al-Hayy. Il n’a pu lui-même apprendre le véritable sens de al-Hayy (le Vivant) qu’en mourant d’une mort totale.

Quant à toi… tu n’as même pas été capable de mourir, ne serait-ce que par la vision de la lumière [14]. Connaître la réalité de la proximité divine… ce n’est pas accessible par la lecture d’un livre, ou par la lecture d’une encyclopédie, que tu étudierais soigneusement.

Dans l’école où j’ai étudié moi, la première leçon, après la mort… ce fut une vision. J’ai vu un tribunal me condamner à la prison, d’une peine correspondant au nombre des secrets [15]. De là, j’ai pu pleinement goûter aux différents degrés, j’ai pu savourer les sciences et les compréhensions ésotériques… et voilà : « Tâhâ. Nous n’avons point fait descendre sur toi le Coran pour t’affliger. » [16]

Lorsque tu goûtes à la perte de ta corporalité et de ta nafs, tu retournes vers la vision de la source de réunion (‘ayn al-jâmi’a), et tu apprends quel est le nom indicateur de la réunion de l’essence (jam’iyat al-dhât), le nom indicateur de la réunion des attributs (jam’iyat as-sifât).

Mais ceci, comment vas-tu pouvoir y goûter ?
Soit par ce moyen… soit par le fait de magnifier (ta’dhîm). Sans ta’dhîm, tu n’as ni secret, ni science, ni compréhension. Tu restes tel l’âne qui porte des feuillets. Quand je te demande : qu’est-ce que le secret ? Tu te mets à réciter « blablablabla »… mais il n’y a rien du tout. Quand je te demande qu’est-ce que tu as appris, ta langue se met à s’agiter entre tes dents, tandis que ton intérieur demeure inerte, insensible.

Pour pouvoir atteindre ce goût : meurs avant de mourir. Apprends, expérimente au moins une fois dans ta vie, ce qu’est la mort. Je ne te raconte pas tout cela pour que tu ailles te suicider à ton tour. Parce que sois bien certain d’une chose : si toi tu te suicides, tu mourras. Ne va pas t’imaginer que si tu venais à ingérer du poison, tu resterais malgré tout en vie.

Non, le message ici, c’est qu’il s’agit d’apprendre à faire abstraction de toi-même, en revenant au secret que tu as pris, quand bien même ce ne serait que le premier secret. Et celui qui n’a pas encore pris le secret, qu’il revienne à la lamha [17] qu’il a reçue lors de la bay’a, ou qu’il revienne à la lumière qui l’habite.

Je n’ai jamais pu dire à qui que ce soit des choses comme « Moi, j’ai étudié dans la prestigieuse université de al-Qarawiyin, ou dans l’immense université de al-Azhar… » Cependant, ce dont je te parle ici, c’est cela, le véritable apprentissage, la véritable formation. C’est un apprentissage qui se déroule dans le monde qui t’entoure, dans le moulk. Lorsque, à force de marcher, sans relâche, tu en auras perdu tes chaussures… lorsque, le sommeil te gagnant, tu prendras pour lit la terre, le ciel pour couverture, et que, contemplant les étoiles, tu te surprendras à les compter… alors, tu réaliseras véritablement que le Seigneur embrasse toute chose. Ceci, tu le goûtes par la siyâha. Ne t’imagine pas qu’en faisant cela tu vas perdre quoi que ce soit. Non, tu ne perdras rien. Car tout ce que Allâh a écrit pour toi, c’est à toi, et personne ne pourra te le retirer. Et à l’inverse, tout ce dont Allâh t’a privé, tu ne l’obtiendras jamais. Seulement ici, il ne s’agit pour toi que de goûter, de savourer la station spirituelle (maqâm) dans laquelle tu as été mis et dans laquelle tu es sensé t’activer.

Sayiduna al-Mustafa ﷺ dit : « Je suis le sayid des gens, au Jour dernier (yawm al-qiyâma). » Mais il en est de même pour toi : si ton qiyâma se dressait pour toi, tu te trouverais être le sayid des gens. Mais tant que tu n’en es pas là, évidemment…
Je dis en ce sens dans un poème : « Mon qiyâma s’est dressé… » Lorsque tu seras parvenu à cela, alors tu seras parfaitement en mesure de dire « moi / ana« . D’ici là, attache-toi plutôt à « Lui / huw ». Ou bien, si tu veux plus de précision ésotérique (tahqîq), ajoute un deuxième « huw », fais entrer huw dans huw, et alors t’apparaîtra le lâm al-qabd, ton esprit sera saisi (inqibad), et tu pourras dire : « à Lui (lahu) le moulk des cieux et de la terre. » [18]

C’est ainsi que t’apparaîtront les trésors cachés de « et nous avons réuni toute chose en un imam éclatant. » – sourate Yâsîn, verset 12, au nombre des lettres de « lâ ilâha illa Allâh » – ; ainsi que la porte de la muraille s’ouvrira [19], et que le feu se mêlera à la lumière. C’est alors que l’inconnaissable (ghayb) de la miséricorde et de la grâce divine jailliront du secret de Tâhâ, et que nous apparaîtra de manière claire le secret du maqâm al-mahmûd [20].

Allâh ﷻ dit : « et leurs dernières invocations seront : louange à Allâh, Seigneur des univers (al-hamdu lillâhi rabbi l-‘âlamîn). » [21] Ce qui correspond en vérité au premier verset du Coran. Par conséquent, quand pourras-tu dire que tu as lu la Fâtiha, j’entends bien-sûr d’une lecture véritable et profonde ?
Après la mort ! C’est après la mort que tu seras véritablement en mesure de dire « Louange à Allâh, Seigneur des univers. » Pourtant, combien de fois répètes-tu cela chaque jour ? De toutes ces récitations quotidiennes, tu n’as jamais réalisé ne serait-ce que la prononciation de « Louange à Allâh, Seigneur des univers. »
Comment peux-tu donc prétendre à de longs versets, ou même à de longues sourates ?

: « et leurs dernières invocations… » c’est-à-dire que lorsque tu arriveras à la fin, lorsque tu toucheras au but, lorsque tu accèderas à cette condition de sayid, ou lorsque tu atteindras le sayid suprême, notre bien-aimé Messager d’Allâh ﷺ, à ce moment-là tu diras : « louange à Allâh, Seigneur des univers. »


[1] Sourate Tâhâ, verset 1.
[2] Sourate al-Hadîd, verset 2.
[3] Sourate al-Anfâl, verset 33.
[4] Qabda : poignée de lumière originelle.
[5] Sourate al-Zumar, verset 35.
[6] Sourate al-an’âm, verset 54.
[7] Sahîh Muslim.
[8] Sourate al-an’âm, verset 54.
[9] Farq : ce qui se distingue de la réunion (jam’).
[10] Sourate ad-Doha, verset 5.
[11] Sourate ad-Doha, verset 5.
[12] Sourate al-Hadîd, verset 2.
[13] Sidi Shaykh fait ici référence à lui-même.
[14] Car dans le cas contraire, dans la Hadra par exemple, tu ne passerais pas ton temps à regarder ce que font les uns et les autres.
[15] 10 ans de prison.
[16] Sourate Tâhâ, verset 1.
[17] Lamha : l’étoile.
[18] Sourate al-Hadîd, verset 2.
[19] Référence au verset : « C’est alors qu’on éleva entre eux une muraille ayant une porte dont l’intérieur contient la miséricorde et dont la face apparente a devant elle le châtiment (l’enfer) » [s57.v13]
[20] Maqâm al-mahmûd : référence à l’invocation rapportée dans la Sunna et que l’on récite après chaque adhan : « Allâhumma, Seigneur de cet appel total et parfait, et de cette prière établie, donne à sayidina Muhammad la le privilège qui lui revient exclusivement (al-wasîla) ainsi que Ton bienfait ultime (al-fadîla), et ressuscite-le dans la station digne d’éloge (al-maqâm al-mahmûd) que Tu lui as promis. Certes, Tu ne reviens jamais sur un engagement. »
[21] Sourate Yûnus, verset 10.

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